"Il y a bien assez d'hommes qui écrivent, mais peu de filles..."
"Beaucoup diront volontiers que je ne devais point écrire de quelque sujet que ce soit, même en ce temps que nous voyons tant de poètes en la France. Je ne veux faire autre réponse à ce propos-là sinon qu'il y a bien assez d'hommes qui écrivent, mais peu de filles se mêlent d'un tel exercice, et j'ai toujours désiré d'être du nombre de peu...
Quelques unes des Demoiselles de ce temps, sans vouloir prendre la peine d'écrire, se contentent de faire composer leurs serfs, attisant mille flammes amoureuses dans leurs coeurs, par la vertu desquelles ils deviennent poètes mieux que s'ils avaient bu toute l'ode sacrée de la fontaine des Muses. Mais quant à moi, qui n'ai jamais fait aveu d'aucun serviteur, et qui ne pense point mériter que les hommes se doivent asservir pour mon service, j'ai bien voulu suivre l'avis de la fille de Cléomènes qui reprenait les ambassadeurs persans, dont ils (qui) se faisaient accoutrer par des gentilshommes, comme s'ils n'eussent point eu de mains."
Les oeuvres de Mesdames des Roches, de Poitiers, mère et fille, 1579, p. 121, p. 53
Voici un texte étonnant de
la Marquise d'Antremont (Mme Bourdic-Viot)
qui répond à un éditeur la menaçant de représailles symboliques si (parce que?) elle refuse d'éditer ses poèmes:
"En France, constatons-le, la Poésie est un art d'hommes: une demoiselle, des mieux élevées et du meilleur monde, ,ne craint pas de s'exposer au piano devant une foule...Mais publier des vers chez un éditeur, c'est-à-dire faire vendre un livre dans une boutique à une demie-lieue de chez soi, cela ne se fait pas, cela est mal vu."
Préface à la deuxième édition des Rayons perdus" de Louisa Siefert, 1869
Otto Weininger
"La femme est par essence sans nom et cela parce qu'elle manque, par nature, de personnalité.
(Otto Weininger, cité par Pierre Bourdieu dans "La Domination masculine", éd du Seuil, p.86)
L'inestimable contribution des poétesses françaises à la littérature universelle
Les manuels scolaires, nombre d'anthologies et de revues peuvent donner l'impression que la création poétique a surtout été, en France, le fait des hommes. Il n'en est rien! Du Moyen-Age jusqu'à nos jours de grandes voix féminines se sont fait entendre. On peut se demander pourquoi la plupart ont été oubliées. Pourtant, comme le souligne Veronica Martinez Lira dans sa superbe anthologie de poésie féminine française parue au Mexique en 2011, " La contribución femenina a la herencia universal de las letras en lengua francesa es innegable". Je suis parti à la recherche systématique de tous ces noms oubliés, j'ai voulu lire les textes, j'ai découvert des poèmes qui m'ont bouleversé et j'ai voulu partager ces trésors.
Non! la poésie féminine n'a pas été "réduite à rien", comme le craignait à la fin de sa vie le poète Морис Куран parlant alors de son épouse dont il avait découvert sur le tard de modestes écrits. Pourtant bien que les études universitaires se soient multipliées, les textes restent le plus souvent inaccessibles. Les anthologies consacrées aux femmes ont mauvaise presse: on sait que l'accent mis sur le genre a des effets pervers. Résultat, il est peut-être plus difficile aujourd'hui d'accéder aux oeuvres "féminines".
Au même moment, les sites d'archives numériques tels que Gallica, Archive.org, et bien d'autres, font ressurgir aujourd'hui dans un joyeux désordre des centaines d'ouvrages tombés dans l'oubli, montrant que les femmes, loin de rester passives et inactives dans l'ombre des génies masculins, n'ont cessé de protester contre la prison domestique (parfois dorée) où elles étaient cantonnées. Leurs oeuvres ne sont pas toujours abouties; comment auraient-elles pu rivaliser avec les hommes? La "création" était pour elles une véritable course d'obstacles. La fameuse universalité dont se revendique la création artistique n'est qu'un jeu de dupes, dont les règles ont été édictées par l'un des deux joueurs, à son avantage. Avant donc d´étudier et de formuler des hypothèses, j'ai ressenti le besoin de lire leurs oeuvres.
On aimerait croire que la situation s'est améliorée. Il suffit pourtant d'ouvrir les yeux: ainsi, le catalogue de la petite collection Poésie/Gallimard (NRF) ne propose que de rares noms féminins sur les 150 consacrés à la poésie française, et encore faut-il compter parmi eux Louise Labé dont on n'est plus du tout sûr qu'elle soit une femme (Pour en savoir plus, consulter Poezibao). Comment mieux contredire la phrase de Sapphô qui sert abusivement de titre au pauvre volume consacré aux femmes dans la même collection: "Quelqu'un plus tard se souviendra de nous"? Pour se convaincre du contraire, il suffit encore de feuilleter les 2 volumes concernant le 19ème siècle. Le bilan est consternant. Où sont les progrès réalisés depuis les premières anthologies ou les premiers dictionnaires de littérature féminine du 18ème, du 19ème siècle et de la première partie du XXème siècle? Il semble que ces ouvrages ne soient plus les bienvenus. L'impression qui domine est celle d'une regression. Les sympathiques journées du type "Couleur femmes" (2011) n'apportent qu'un lot de consolation qui ne contribue en rien à la reconnaissance en profondeur d'un patrimoine féminin. Maria Krysinska et Makhali-Phal sont rééditées aux Etats-Unis. Les grandes anthologies de poésie féminine de langue française sont désormais bilingues: "French women poets of nine centuries" (français/anglais), "Constelación de poetas francesas" (français/espagnol). Cette dernière anthologie vient de paraître ...à Mexico! La tradition (Briquet, Keralio,Busoni,Séché, Béalu, Mouline...) se serait-elle perdue?
Ce blog veut profiter des nouveaux outils numériques pour retrouver ces voix effacées et introduire à la lecture de ces oeuvres ignorées. 3 niveaux de consultation sont possibles:
1 - la page d'accueil est là pour sensibiliser le passant d'Internet.
2 - Le colonne de gauche propose une liste de près de 300 noms. Ces pages permettent de donner une première idée de l'écriture de chacune de ces auteures.
3 - On peut enfin trouver dans les pages intitulées "Sites d'intérêt" ou "PDF" des liens directs vers les oeuvres numérisées sur les sites Gallica, Archive.org et quelques autres.
(sa voix et des photographies d'elle tirées de son album personnel (voir sur Gallica),
dont l'une prise lors d' une séance d'enregistrement en 1929.
Nouvelles entrées
Nouveaux portraits dans l'album photos.
Il est nécessaire de donner un visage à ces noms, de compenser par là la difficulté de désigner une auteure par l'un de ses multiples nom(s) et pseudo(s). Le visage est plus stable et plus fiable que le nom. Les conservateurs de musée savent que les portraits jouent un rôle important dans la perénnisation des hommes illustres. Voyez, dans les albums de photographies du 19ème, comme ils posent et comment ils sont conscients d'y jouer leur "immortalité" "Ill faut ... réfléchir aux conséquences qu’une absence d’images – que l’on rencontre bien plus couramment chez les dames de lettres que chez les écrivains hommes – entraîne quant à la pérennisation d’une auteure et de son œuvre dans la mémoire culturelle. "Margarete ZIMMERMANN: À la recherche des auteures des temps passés, LHT n° 7
(N'hésitez pas à m'envoyer des fichiers mp3 si l'enregistrement de tel ou tel poème vous tente!)
Soeur Anne de Marquets (16ème siècle)
(Fin d'un sonnet adressé aux hommes)
De nous blasonner donc cessez dorénavant:
N'enviez nos honneurs, contentez-vous des vôtres...
Claude Cahun (début XXème):
"Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font!"
Je compris vite l'horrible guet-apens: peintres, écrivains, sculpteurs même, ils copiaient la vie. Au lieu de la tromper, cette éternelle épouse! c'était à qui lui serait le plus fidèle. Pouvais-je admirer leurs chromos, moi qui déjà n'aimais point le modèle?
Se croyant tous destructeurs, bâtisseurs, méconnus, maudits, parricides, incendiaires - comme ils s'intimident eux-mêmes! comme ils sont, devant ce qu'ils nomment: la Gloire, des enfants sages, et soumis, et battus! - comme ils manquent d'audace!...
Claude Cahun (Lucy Schwob) , dans "Salomé la sceptique" (Les Héroïnes, 1925)
Le voile islamique vu par Renée de Brimont?
(Alger, 1914. Elle s'adresse fictivement à une petite fille voilée. Extraits)
Vous ignorez , grasse petite fille,
vous que des jeux puérils satisfont
mais qui régnez obscurément, selon le rite,
vous ignorez notre Occident cosmopolite,
notre nostalgie et nos ciels brumeux,
nos hâtes, nos secrets, nos jeux,
ce que nous portons de rudesse et de flamme,
et nos laideurs, et nos beautés,
et tout ce que la liberté
a fait de nous, les femmes!
Vous ignorez, vous ignorez ce qui nous touche...
pourtant, sachez-le, le voile est en nous
que vous gardez, ô ma soeur, sur la bouche!
Mirages, 1914
Ecoutez Renée de Brimont disant, en 1912, un autre de ses poèmes,
"Rien ne sert"
(Archives de la parole, Gallica)
Mme Ackermann: Journal, 3 août 1864
Quelle trace?
Je suis quelquefois effrayée en songeant combien il s'en est fallu de peu que je ne laissasse aucune trace de mon passage. Que la barque s'engloutisse, mais qu'il reste un sillage.
Marceline Desbordes-Valmore (détail)
(consulter l'album photo du blog)
Daniel Stern (Mme d'Agoult)
Eve
Le Tout-Puissant avait dit au couple humain, faible et ignorant, mais heureux et immortel: "Tu ne mangeras point de l'arbre de la science, ou bien tu mourras."
L'homme se résigne à cette inactive et insensible félicité; mais la femme, écoutant en elle-même la voix de l'esprit de liberté, accepte le défi. Elle préfère la douleur à l'ignorance, la mort à l'esclavage. A tout péril, elle saisit d'une main hardie le fruit défendu; elle entraîne l'homme avec elle dans sa noble rebellion.
Le Tout-Puissant les châtie l'un et l'autre, les bannit, les voue à la mort.
La mère des hommes est condamnée à enfanter dans les larmes. Eve reste à jamais, pour sa triste et fière postérité, la personnification glorieuse et maudite de l'affranchissement du génie humain.
Cette genèse est l'histoire de toutes les révolutions.
Daniel Stern (Comtesse de Flavigny ou Marie d'Agoult) compagne de Franz Liszt de 1835 à 1839.
Marie-Louise Boudat (ver 1930)
(Je me lève)
Je me lève. Je sors des millénaires nuits,
Du soleil plein la gorge et les bras lourds de fruits,
Et le goût mélangé des désirs sur ma bouche.
O femme, d'un seul jet sans cassure et farouche,
L'abîme de mes bras fermé sur mes amants!
Je me vois, magnifique en mes prolongements,
D'hier et de demain enveloppant l'espace!
Marie-Louise Boudat (dans le Divan, 1936)
Madeleine des Roches (16ème siècle)
Nos parents ont, de louable coutume,
Pour nous tollir (retirer)l'usage de raison,
De nous tenir closes dans la maison,
Et nous donner le fuseau pour la plume...
Il me suffit aux hommes faire voir
Combien leurs lois nous font de violence...
Comtesse de Vidampierre à la Comtesse de Beauharnais (fin 18ème)
Du Sexe même qu'il caresse
J'observe que l'homme est jaloux;
Il n'aime en nous que la faiblesse;
N'écris point, ou rampe sans cesse,
Ils seront tous à tes genoux.
Mlle Deshoulières (18ème): Le bonheur ou la gloire
Préface de la fille de Mme Deshoulières pour la publication posthume des oeuvres de sa mère
Encore la gloire
"Gloire j'aurai d'heureuse récompense,
Si puis atteindre à celles qui seront
Par leur chef-d'oeuvre en los (louange) toujours vivantes,
Mais tel cuider (penser) serait trop plein d'audace..."
(Jeanne d'Albret, 16ème siècle)
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Quand je ne vivrai plus, qui recevra la gloire
Que je dois exiger de la postérité?
(Mme de Lauvergne, 1680)
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L'homme se perd dans l'avenir;
Il s'immole à sa renommée:
Qu'on est fou de vouloir courir
Après une vaine fumée!
(Marquise D'Antremont, Mme Bourdic-Viot, fin 18ème)
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"Pour une femme, la gloire est le deuil éclatant du bonheur."
(Germaine de Staël, début 19ème siècle)
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"Les fleurs que la gloire donne
Ont de l'éclat sans odeur;
Et trop souvent sa couronne
Couvre le front du malheur.
(Marceline Desbordes-Valmore, Almanach des Muses, 1821)
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"Je demande au Ciel qu'il ne sépare jamais pour vous le bonheur de la gloire."(Chateaubriand à Louise Colet, 1835)
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"Anaïs, ton sexe ne peut rien aimer ardemment, même la gloire sans qu'il ne lui en coûte le bonheur."
Sur 127 photos présentes dans l'album, on en trouve 2 de femmes (des romancières: la comtesse Dash et Mme Birsch-Pfeiffer). George Sand n'est plus dans l'album. Maigre consolation, Alexandre Dumas fait aussi partie des disparus.
(cliquer pour agrandir les pages)
Qu'avons-nous?
Nous femmes, qu'avons-nous? L'arbre de la science
Fleurit haut! Quand nos bras, forts de notre espérance,
Ont pu saisir enfin quelques rameaux, hélas!
Chacun nous fuit soudain, et rit de nous tout bas.
Curieuse photo de Lucie Delarue-Mardrus disant, un de ses poèmes,
devant un autel (1926)
(détail d'un photo P. Meurisse, Gallica)
Retrouvez l'intégralité de la photo dans l'album: son public est constitué de photographes et de chanoines!
A un auteur d'élégies qui blâmait la sévérité de mes épîtres
Tu n'es pas juste, ami, lorsque tu blâmes Mon vers philosophique et mon ton réfléchi Qui, dis-tu, ne sied pas aux dames. Je sais que les transports, les amoureusesflammes, Les langueurs d'un tendre souci, Semblent mieux convenir à nos esprits, nos âmes; Mais, lorsque sur ce point tant d'hommes sont des femmes, Je puis bien être un homme aussi.
Constance Salm-Dick (début 19ème)
Extraits de l'Epitre aux femmes
"O femmes, reprenez la plume et le pinceau"
*
"De l'étude, des arts, la carrière est ouverte;
Hommes, nous y volons; c'est là que l'univers
Jugera si nos mains doivent porter des fers."
*
" C'est par des traits plus sûrs qu'il faut montrer aux hommes
Tout ce que nous pouvons et tout ce que nous sommes.
C'est à les admirer qu'on veut nous obliger;
C'est en les imitant qu'il faut nous en venger.
Science, poésie, arts qu'ils nous interdisent,
Sources de voluptés qui les immortalisent,
Venez, et faites-voir à la postérité
Qu'il est aussi pour nous une immortalité."
Quand Louise Colet s'emporte
Une femme..............
S'écria: " Le bonheur! c'est un sarcasme, ô femmes! Elle n'est pas là pour nous, cette fête des âmes! Fût-elle pour nos fils, nos frères, nos amants, Elle n'est pas là pour nous, femmes, tribun, tu mens!...
Ne parlez pas d'amour, hommes! dont l'âme impure Trouve la volupté dans notre flétrissure; Violateurs de Dieu qui jetez au hasard Votre paternité dans quelque lupanar, Où, comme un vil bétail, la faim et l'ignorance Parquent pour vos plaisirs des femmes sans défense...
Baudelaire aurait-il fait son marché chez
Louise Colet?
"Quand je vais triste et seule, et que, dans le ciel gris,
Je suis quelque nuage errant sur les toitures,
Et, comme ces draps noirs qu'on met aux sépultures...
Puis, lorsque sous mon toit rêvant ainsi je rentre,
Et que près du foyer mon âme se concentre,
Je pleure en me disant que je ne pourrais plus
Séparer mon coeur pur de ces coeurs dissolus;
Que l'art, la poésie et splendeurs que j'aime
Se retrouvent au fond de cette fange même;
Qu'il faut, pour en tirer quelques parcelles d'or,
Dans cet abîme impur long-temps plonger encor;...
(Extrait de "Paris" dans "Penserosa", 1937, 20 ans avant les Fleurs du Mal et le fameux: "Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or")
Consulter aussi l'article "Louise Colet" pour retrouver une ébauche de Spleen, ou encore un lion captif, qui anticipe celui de Leconte de Lisle, paru 10 ans plus tard.
Quand la Muse limonadière (18ème siècle) fait sa publicité et pratique le "mailing".
Le texte suivant faisait l'objet d'envois automatiques à tous les correspondants de Dame Bourette. Il accompagnait aussi toutes ses publications de poèmes, eux-mêmes parfois plus courts que ce texte d'autopromotion.
Marie de Romieu à son frère, poète, 1581
"N'ayant pas le loisir, à cause de notre ménage, de vaquer comme vous, à chose si belle et divine que les vers..."
Monsieur et bien aimé frère, je reçus un merveilleux contentement de vos lettres ces jours passés, non moins agréables que pleines d'un style doux-coulant accompagné de belles sentences dignes de vous. Mais d'ailleurs je fus grandement étonnée et comme ravie d'admiration ayant lu une certaine invective avec quelques satires qu'aviez fait à l'encontre de notre sexe féminin envoyée à Monsieur notre oncle Desaubers, homme recommandé pour un des premiers, comme savez, de notre ville, tant en grade de dignité que de singulière doctrine. Et ce qui me tourmentait le plus, c'était que j'ignorais la cause qui vous avait pu émouvoir à tonner ainsi contre les femmes. Quant à moi, étant du nombre de ce noble et divin sexe, j'ai bien voulu vous montrer en cela que je n'étais dépourvue de l'art de poésie, comme celle qui se plait quelquefois avec une incrédible délectation après la lecture d'icelle. Prenez donc en bonne part, mon Frère, ce mien bref discours que je vous envoie, composé assez à la hâte, n'ayant pas le loisir, à cause de notre ménage, de vaquer (comme vous dédié pour servir aux Muses) à chose si belle et divine que les vers. cependant je vous prierai de me tenir toujours en vos bonnes grâces, comme vous êtes au plus profond des miennes. De Viviers, ce jour de la mi-août 1581.
Votre bien humble et obéissante soeur à vous servir.
M. D. R.
Natalie Clifford-Barney vers 1900 (détail)
Voir l'album photo du blog
Mme Ackermann: Une femme qui rime...
"Mon mari a toujours ignoré que j'eusse fait des vers; je ne lui ai jamais parlé de mes exploits poétiques. A me voir, du matin au soir, dépouiller ou vaquer aux choses du ménage, comment aurait-il pu soupçonner qu'il avait épousé une ex-Muse? La vraie raison de mon silence, c'est que je tenais extrêmement à sa considération. Or, il ne faut pas se le dissimuler, la femme qui rime est toujours plus ou moins ridicule".
.
Madame Second-Weber déclamant un poème en l'honneur de Verlaine, en 1925
(commémoration du monument)
Quel terme adopter?
J'ai choisi le mot "poétesse", malgré ses connotations négatives, , parce que les synonymes me paraissent encore moins satisfaisants: "femme poète", expression concurrente de "une poète" et déjà utilisée au 19ème siècle, a le fâcheux inconvénient d'afficher la femme avant le (la) poète. Pourquoi pas "homme poète"? Le mot "poète" seul, entendu au féminin ("la poète"), voit son genre effacé au pluriel ("les poètes"). "Poétesse", prôné par George Sand et plus tard par Lucie Delarue-Mardrus, a l'avantage d'afficher en un même mot d'abord la poésie puis la féminité, ce qui convient parfaitement à mon projet.