Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Bezobrazov (Olga de)

Olga de Bezobrazov




- Féminisme ésotérique (1896)


Le pharaon

Parmi l'espace en feu, le sable d'or rougeoie;
Le Nil, pesamment, traîne un flot épais et lent
Près du bord altéré, qui s'étame et flamboie
Dans la stérilité du vide étincelant.

D'une trace légère ainsi qu'un fil de soie,
La trirême a rayé l'onde, au cours somnolent;
Le ciel, tel qu'un saphir énorme, se déploie, -
- Et le cri des clairons au loin va s'exhalant.

Le Pharaon songeur, relevant son front pâle,
Voit l'Egypte briller superbe, colossale,
Et sent monter l'orgueil à son coeur dévasté...

Et les vieux sphinx, gardiens de la nuit sépulcrale
Toujours debout, qu'un peuple chante ou bien qu'il râle,
De leurs yeux de granit scrutent l'immensité!


Hiver

Sous un ciel morne et bas, les grands arbres poudrés
Comme d'anciens sergents dessinent leurs fantômes;
L'hiver jette sur tout, la saulaie et les chaumes,
Un long voile de neige aux dessins ajourés,

L'horizon qui rougit met des reflets cuivrés,
Comme on en voit encore aux tranches des vieux tomes,
Sur le tapis d'hermine et l'arête des dômes
Que la forêt étend sur la nacre des prés.

Le chemin est désert; pas un bruit, pas une aile.
Le ciel a refermé son immense prunelle,
Le brouillard a voilé le frisson des étangs;

Seul, et se rappelant le cher passé des choses,
Les fleurs, l'amour, les nids et leurs métamorphoses,
Un rouge-gorge chante en songeant au printemps!



Le voilier

Sur la mer immobile où sommeillent les flots,
De la brise du large espérant le caprice,
Assailli par la paix du grand ciel d'un bleu lisse,
Le voilier reste morne, entouré par les eaux.

Les alcyons rêveurs déchaînent leurs sanglots
Devant la vision follement tentatrice
De l'Infini. - Le vent souffle, le voilier glisse,
Et dans l'air agité s'agitent les oiseaux.

Le grand voilier s'élance, il découvre un rivage
Mystérieux et beau dans sa grandeur sauvage;
Au plus haut de l'azur l'alcyon est porté. -

Ainsi l'âme accablé, et tout à coup saisie
Par ton souffle divin, ô sainte Poésie,
Touche le front du rêve, et boit à sa beauté!


06/03/2010
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