Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Bourette (Mélanie) La Muse limonadière (1714-1784)

La Muse limonadière

ou Charlotte Régnier, ou Charlotte Curé ou Dame Bourette ou Charlotte Curé

(1714-1884)

 

 La Muse limonadière, ou recueil d'ouvrages en vers et en prose, par Madame Bourette, ci-devant Madame Curé... 1755 


 

(Le pauvre diable: destins de l'homme de lettres au 18ème: colloque avec Henri Duranton, Daniel Roche... et Nicole Masson)

 

 

(Ecrire)

 

Des gens de notre état le seul et vrai mérite

Est d'être exact à son comptoir;

D'examiner, matin et soir,

La recette qu'il a produite;

De faire accueil aux bons chalans;

De laisser causer les savants;

Et comme mon goût est d'écrire,

J'écris avec soin les crédits,

Et m'occupe souvent à lire

Le livre auquel ils ont inscrits.

 

(Dans Joseph de la Porte, vol. 4)


 

 

 (Exploit...au sens juridique):

 Réclamation de paiement en vers

 

De par le Dieu des Vers, et de par les neuf Muses,

Il vous plaira payer sans délai, sans excuses,

Au porteur du présent en monnaie ayant cours,

Sans prendre pour cela les choses à rebours,

Le tout de bon aloi, suivant votre Mémoire

Que j'ai correctement extrait de mon grimoire

Et dont je bifferai les articles divers,

D'abord que vous aurez fait honneur à ces Vers

...

 

Réponse d'un débiteur

 

En vérité, c'est trop me faire fête:

Vos assignations sont de vrais compliments;

Mais ne gâtez-vous point les gens

Par un procédé trop honnête?

L'argent que je vous dois n'est rien;

Non que de le payer mon honeur me dispense;

Mais quand vous obligez si bien,

On vous doit moins d'argent que de reconnaissance.

Esprit demille attraits doté,

Coeur plein de générosité,

A ces titres on vous adore:

Même après s'être avec vous acquitté,

Curé, que l'on vous doit encore!

 


 

 

Epitaphe de Fontenelle (1757)

 

 Ci-gît l'illustre Fontenelle,

En qui l'on admira tant de divers talents:

Il a vu tant tant de foi le retour du printemps,

Qu'il paraissait jouir de la vie éternelle,

Mais parmi les auteurs de siècles différents

Quel rang faut-il que l'on lui donne?

Sur la terre avec gloire, il passa si longtemps

Que l'on doute s'il fut ancien ou moderne.

 


 

Epître à mon mari

 

Puisque le style poétique

n'est pas toujours mélancolique,

Sur ton absence de Paris,

Je ne pousse pas les hauts cris:

De l'incomparable la Suse,

Je ne consulte point la muse,

Qui, sans rien sentir dans le coeur,

Faisait jadis une élégie;

Et dont les vers pleins d'énergie

Exprimaient sa fausse douleur

N'attends donc pas que je t'envoie,

Mon cher ami, mon tendre époux, 

Des compliments plaintifs et doux,

Lorsque tu nages dans la joie.

En effet, quel contentement

De voir en ce temps réunie

Toute une famille chérie,

Jouir du divertissement

Qu'attire un établissement,

Le plus fortuné de la vie.

Tu verras dans ces lieux heureux

Bien des bergers et des bergères

Marquer, par leurs danses légères,

Le bonheur d'un couple amoureux.

Si j'assistais à cette fête,

J'y voudrais prendre tant de part,

Que je saurais, sans beaucoup d'art,

Si je le mettais dans ma tête,

Faire danser l'abbé Pignard.

Aux nouveaux mariés souhaite

De ma part le plus heureux sort,

Une prospérité parfaite,

Et qu'ils s'aiment jusqu'à la mort.

Je n'en dirai pas davantage.

Rapporte surtout, au retour,

Ton amitié dans le ménage,

Et s'il se peut, tout ton amour.

 


 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




08/05/2011
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