Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Colet (Louise) 1810-1876

Louise Colet

1810-1876




.
 "Le manque de plaisir pris à la lecture de ses textes tient-il à l'absence de familiarité? Peut-être. Les sujets imposés des quatre poèmes couronnés par l'Académie française découragent le lecteur contemporain par leur thème démodé, comme leur facture trop classique. Mais d'autres textes, même moins académiques comme "Ma fille", paraissent des oeuvres plates."
   (Thierry Poyet dans l'ouvrage collectif "Masculin/Féminin dans la poésie et les poétiques romantiques", 2002.
 
 
 
 
   Le XIXème siècle pensait qu'une femme trop belle ne peut être que sotte ! Il faudrait peut-être lire attentivement Louise Colet ! Sa poésie n'est  pas là pour faire plaisir, mais pour transmettre une révolte. Voici quelques poèmes ou extraits de poèmes de cette femme en colère.
 
Un distique entre cent pour ceux qui n'ont pa pris la peine de lire Louise Colet :
 
Cadavre fastueux, dissous-toi dans ta bière,
Et que mon dernier flot soit bu par ta poussière."
 
 
La Satire du Siècle
1 - Paris matière (1868)

 : Extraits

 

(Une visite au Sacré Coeur)

 

Avec la jeune fille entrons au Sacré-Coeur

Et voyons si Jésus de Satan est vainqueur.

O miracle! en ce lieu ces deux rivaux de l'âme

Règnent en paix; le ciel à l'enfer s'amalgame.

Là Marie et Vénus vivent sans se heurter.

L'art de croire s'y mêle à l'art de s'ajuster;

Sur le meuble à miroir, poudres et cosmétiques

Frôlent le crucifix et le cadre aux reliques.

On farde son visage, et de la même main

On peint un coeur saignant qu'on enduit de carmin;

L'arôme des cheveux, qu'on gonfle et qu'on parfume,

Se confond aux senteurs de l'encensoir qui fume:

L'orgue, évoquant l'idylle, a les sons du pipeau,

Et le jeune aumônier de ce chaste troupeau,

Malgré son regard fourbe et sa face hypocrite,

Se transforme en berger qu'eût chanté Théocrite.

C'est lui qui réglemente et qui dirige en roi

Les leçons de l'histoire et celles de la foi;

La morale et les arts sont sous sa dépendance.

Il contrôle attentif le gymnase et la danse;

Parfois même il émet sans morgue et sans dédain

Un avis pudibond sur un habit mondain.

 

 

 
2 -L'esprit du tigre
 
Dans ces bosquets riants et frais,
 
Pensive et le front qui s'incline,
J'entends sitôt que j'apparais
Un vieux faune à joyeuse mine
 
Qui dit: " Je la convoiterais 
Sans sa fierté qui me domine."
L'esprit du vieux faune devine
Que de lui je me moquerais.
De cette complète Aphrodite
La femme est le rayon d'un jour,
A son déclin est interdite
La coupe impure de l'amour.
 
A l'homme elle laisse l'ivresse
Des monstrueuses voluptés,
Satyre, il rêve en sa vieillesse
Les attributs des déités.
 
Il prend sa dernière étincelle
Pour une immuable chaleur,
Et spectre, il souille une pucelle, 
Comme la chenille une fleur.
 
Il ne sent pas l'horreur profonde
Qu'inspire sa cécité.
Amant, un vieillard est immonde;
Père, il est cher et respecté.
 
 
 Rome
 
(C'est le Tibre qui s'adresse à la ville de Rome)
Où donc est le héros, l'orateur, le poète
Attestant dans ces murs que Rome vit encor?
Le Forum des tribuns n'est plus qu'un vil décor
Où l'on entend, au lieu de l'éloquence antique,
Des moines bredouillant un latin d'encyclique.
Rome! mieux vaut pour toi l'inanité des morts;
Je suis humilié de te voir sur mes bords,
Cadavre fastueux, dissous-toi dans ta bière,
Et que mon dernier flot soit bu par ta poussière."

Fleurs du midi, 1836

Penserosa, 1839
La jeunesse de Goethe, 1839
Les coeurs brisés, 1843
Les funérailles de Napoléon, 1840
Lui, 1859
L'Italie des Italiens, 1862



Lassitude
(Penser au Spleen de Baudelaire)

Il est de ces longs jours d'indicible malaise
Où l'on voudrait dormir du lourd sommeil des morts;
De ces heures d'angoisse où l'existence pèse
         Sur l'âme et sur le corps.

Alors on cherche en vain une douce pensée,
Une image riante, un souvenir fécond;
L'âme lutte un instant, puis retombe affaissée
         Sous un ennui profond.

Alors tout ce qui charme et tout ce que l'on aime
Pour nos yeux désillés n'a qu'un éclat trompeur;
Et le bonheur rêvé, s'il vient, ne peut pas même
         Vaincre notre torpeur.
(Avant 1933)
 
Paris
Extrait de Penserosa, et écrit en 1837: 
l'essentiel de Baudelaire est déjà là, 20 ans avant les "Fleurs du Mal"
 



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Le lion captif

Conseil d'ami, conseil à vous,
Conseil d'un jour et pour la vie.
- Alfred de Musset

Lion du Sahara, dans ta cage enfermé
Le désert passe-t-il sous ta fauve paupière?
Ta lionne à tes flancs, revois-tu l'antre aimé?
Revois-tu le soleil qui dora ta crinière?

A ton rugissement en écho transformé,
Sens-tu trembler encor quelque tribu guerrière?
Libre et reconquérant ta grandeur prisonnière,
Roi! berces-tu l'ennui  dont tu meurs consumé?

Et vous, poëte, aux fers que vous a mis la vie
Arrachez-vous parfois, palpitante et ravie,
Votre âme qui revient aux premiers horizons:

A l'amour qui l'inspire, à l'art qui la couronne!
Oh! rendez à vos jours ce passé qui rayonne,
Sortez de l'esclavage où meurent les lions!

1852


Comparer avec Leconte de Lisle

La mort d'un lion (dans les Poèmes barbares, 1862)

Étant un vieux chasseur altéré de grand air
Et du sang noir des boeufs, il avait l'habitude
De contempler de haut les plaines et la mer,
Et de rugir en paix, libre en sa solitude.

Aussi, comme un damné qui rôde dans l'enfer,
Pour l'inepte plaisir de cette multitude
Il allait et venait dans sa cage de fer,
Heurtant les deux cloisons avec sa tête rude.

L'horrible sort, enfin, ne devant plus changer,
Il cessa brusquement de boire et de manger,
Et la mort emporta son âme vagabonde.

Ô coeur toujours en proie à la rébellion,
Qui tournes, haletant, dans la cage du monde,
Lâche, que ne fais-tu comme a fait ce lion ?


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Sonnet

Laissons au Nord brumeux les moroses pensées,
Les ronces qui toujours aux fleurs vont se mêler.
Nous, enfants du grand fleuve aux ondes cadencées
Comme son vif courant laissons nos coeurs aller.

Pur miroir du soleil ; Beau Rhône au doux parler,
Ecloses sur tes bords deux âmes enlacées
N'ont point le pâle amour de froides fiancées;
Gais rayons, on les voit sourire et scintiller.

Transports, amour, folie, ivresses débordantes,
Comme la mer au flux, à vos vagues ardentes
Un coeur chaud du Midi se gonfle impétueux:

Il parle, il chante, il rit au monde qu'il embrasse;
Mais profond est ce coeur qui qui bout à la surface,
Autant que l'est ton lit, fleuve majestueux.


Comparer avec Maurice Scève


(Plutôt seront Rhône et Saône disjoints)

Plutôt seront Rhône et Saône disjoints,
Que d'avec toi mon coeur se désassemble :
Plutôt seront l'un et l'autre mont joints,
Qu'avecques nous aucun discord s'assemble :
Plutôt verrons et toi et moi ensemble
Le Rhône aller contremont lentement,
Saône monter très violentement,
Que ce mien feu, tant soit peu, diminue,
Ni que ma foi décroisse aucunement.
Car ferme amour sans eux est plus que nue.

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Mon livre

Je ne vous offre plus pour toutes mélodies
Que des cris de révolte et des rimes hardies.
Oui! Mais en m'écoutant si vous alliez pâlir?
Si, surpris des éclats de ma verve imprudente
Vous maudissiez la voix énergique et stridente
         Qui vous aura fait tressaillir?

Pourtant, quand je m'élève à des notes pareilles,
Je ne prétends blesser les coeurs ni les oreilles.
Même les plus craintifs n'ont point à s'alarmer:
L'accent désespéré sans doute ici domine,
Mais je n'irai pas tirer ces sons de ma poitrine
          Pour le plaisir de blasphémer.

Comment? la Liberté déchaîne ses colères;
Partout, contre l'effort des erreurs séculaires,
La Vérité combat pour s'ouvrir un chemin;
Et je ne prendrais pas parti dans ce grand drame?
Quoi! ce coeur qui bat là, pour être un coeur de femme
          En est-il moins un coeur humain?

Est-ce ma faute à moi si dans ces jours de fièvre
D'ardentes questions se pressent sur ma lèvre?
Si votre Dieu surtout m'inspire des soupçons?
Si la Nature aussi prend des teintes funèbres,
Et si j'ai de mon temps, le long de mes vertèbres,
          Senti courir tous les frissons?

Jouet depuis longtemps des vents et de la houle,
Mon bâtiment fait eau de toutes parts, il coule.
La foudre seule encore à ses signaux répond.
Le voyant en péril et loin de toute escale,
Au lieu de m'enfermer tremblante à fond de cale
          J'ai voulu monter sur le pont.

A l'écart, mais debout là, là dans leur lit immense
Je contemple le jeu des vagues en démence.
Puis prévoyant bientôt le naufrage et la mort,
Au risque d'encourir l'anathème ou le blâme,
A deux mains j'ai saisi ce livre de mon âme,
          Et l'ai lancé par dessus bord.

C'est mon trésor unique, amassé page à page.
A le laisser au fond d'une mer sans rivage
Disparaître avec moi je n'ai pu consentir.
Le dépit du courant qui l'emporte ou l'entrave,
Qu'il se soutienne donc et surnage en épave
          Sur ces flots qui vont m'engloutir!

1874

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PŒSTUM

La lascive Pœstum n'a pas laissé d'annales ;
L'oubli la châtia de son inanité ;
À peine si Tibulle en un vers a chanté
Les roses qui jonchaient ses molles saturnales.

Dans une plaine morne, où grincent les rafales,
Où la Mal'aria verse un souffle empesté,
Le néant la coucha de ses mains sépulcrales,
Et le passant se dit : « Elle n'a pas été. »

Mais voilà que, vibrant comme trois grandes lyres,
Surgissent lumineux d'un marécage noir
Ses trois temples, debout sur la pourpre du soir.

Clairs parvis, pleins jadis d'olympiens délires,
Les spectres de vos dieux errants sur les chemins
Sont-ils ces pâtres nus aux fiers profils romains ?


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LA VILLE DES ESCLAVES


Du grand roc Alburno les bergers aux traits hâves
Ont surnommé Pœstum l'antre des vals pourris,
Stigmatisant ainsi, taciturnes & graves,
La luxure où sombra cette autre Sybaris.

Mais ceux de Campanie honorent les débris
Qu'incrusta sur leurs monts la ville des esclaves ;
La légende a toujours appelé lieu des braves
Ces murs cyclopéens, hantés par des esprits.

Indomptable lion qui de ses fers se joue,
Spartacus, échappé du cirque de Capoue,
Traversa le Volturne & gravit les hauteurs.

Rome vit fuir vers lui tous ses gladiateurs ;
Et sur ces pics neigeux, où libres ils planèrent,
S'éleva la cité que les pâtres vénèrent.



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La femme du peuple

Songez que d'un baiser pourrait éclore une âme;
Songez en vous penchant sur le sein d'une femme,
Au mystère divin de la maternité;
Adorez sa beauté, gardez sereine et pure
Cette source sacrée où toute créature
Puise un souffle de vie et d'immortalité.

Un tribun haranguait sur la place publique,
La foule radieuse au mot de République.
Ce mot, qui renfermait des promesses pour tous,
Illuminait les fronts, rendait les coeurs plus doux.
Par l'espoir apaisé, ce grand flot populaire,
En qui le dénouement fait monter la colère,
Murmurait confiant au mot fascinateur:
" La République vient, c'est notre rédempteur!
Plus de corps torturés où meurt l'intelligence!
Plus de cris de la faim, plus d'appels de vengeance!"
Et le magique mot, de ces coeurs pleins de foi
Sortait. Vivat bruyant d'une nouvelle loi!
L'orateur qui parlait à cette foule émue
Avait l'accent vibrant, le geste qui remue,
La forme qui fond cache l'inanité,
Et pour thème ce sphinx: la solidarité!
"Oui! le bonheur pour tous! et par tous dès ce monde,"
Répétait-il, penché sur la cité profonde
Où tout un peuple, ardent à saluer ce jour,
N'avait plus qu'un seul coeur dilaté par l'amour!

Cependant une femme, à l'écart immobile,
Dans ses haillons soyeux se drapant en sibylle,
Le sourire ironique et le regard aigri,
Pressant sur son sein maigre un enfant amaigri,
S'écria: " Le bonheur! c'est un sarcasme, ô femmes!
Elle n'est pas là pour nous, cette fête des âmes!
Fût-elle pour nos fils, nos frères, nos amants,
Elle n'est pas là pour nous, femmes, tribun, tu mens!...
Ne promets pas si tôt la fin de nos misères...
Car, s'il est vrai que Dieu nous ait faits solidaires,
Tant que nous, dont les flancs portent l'humanité,
Nous, plus grandes que vous par la maternité,
Tant que nous resterons une chair avilie,
De honte et de douleur, double et profonde lie
Qui fermente et gémit au fond de vos cités,
Ne parlez pas d'amour, hommes! dont l'âme impure
Trouve la volupté dans notre flétrissure;
Violateurs de Dieu qui jetez au hasard
Votre paternité dans quelque lupanar,
Où, comme un vil bétail, la faim et l'ignorance
Parquent pour vos plaisirs des femmes sans défense:
Esclavage hideux qu'en leur impiété
Votre église et vos lois nomment nécessité!
Ne parlez pas d'amour, jusqu'au jour où le monde
Rougira du contact de cette plaie immonde,
Où tout homme craindra d'en approcher son sein
Plus que d'être voleur, plus que d'être assassin!...

                                     1850
 
 
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AU BORD DE LA MER 

 

Debout, sur les rochers où ta voix se lamente, 

M 'enivrant de ta force et de ta majesté, 

Je te vois tantôt calme et tantôt véhémente, 

           Déserte immensité ! 

 

O mer, je t'aime ainsi, sublime, solitaire. 

Repoussant les pêcheurs, dédaignant les vaisseaux. 

Et semblant tour à tour plaindre ou railler la terre 

Avec les cris stridents qui sortent de tes eaux. 

 

Oh ! que nous voulez-vous, vagues insidieuses ! 

Parfois vous vous dressez avec des bruits si doux 

Que l'essaim éperdu des âmes malheureuses 

           Voudrait aller à vous. 

 

Montez, monte, vers ceux que l'angoisse consume ! 

Couvrez leurs pieds lassés et leurs fronts abattus; 

Ensevelissez-les dans votre blanche écume. 

Vous pleurerez sur eux quand ils ne seront plus.

 

 

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La demoiselle

 

Dans un jour de printemps, est-il rien de joli

Comme la demoiselle, aux quatre ailes de gaze,

Aux antennes de soie, au corps svelte et poli,

Tour à tour émeraude, ou saphir ou topaze?

 

Elle vole dans l'air quand le jour a pâli;

Elle enlève un parfum à la fleur qu'elle rase;

Et le regard charmé la contemple en extase

Sur les flots azurés traçant un léger pli.

 

Comme toi, fleur qui vis et jamais ne te fanes,

Oh! que n'ai-je reçu des ailes diaphanes!

Je ne planerais pas sur ce globe terni!

 

Aux régions de l'âme, où nul mortel ne passe,

J'irais, cherchant toujours dans les cieux, dans l'espace,

Le monde que je rêve, éternel, infini!

 


L'indienne
 
Souvent, au bord du Gange, à l'heure où le soleil
Jette un réseau de feu sur le fleuve vermeil,
Dans le kiosque embaumé qui se baigne à la rive,
Sous ses voiles flottants la bayadère arrive;
Une esclave la suit en portant des parfums.
Alors, se délivrant des voiles importuns,
L'Indienne se plonge en un bain de porphyre,
Et du store entr'ouvert, où glisse le zéphyre,
Elle voit fuir les flots en longs rubans d'argent,
Laisse errer son regard sur leur prisme changeant,
Suit un nuage d'or dans les cieux, ou contemple,
En rêvant à Brama, la coupole du temple.
Son esclave à genoux agite l'éventail,
Répand sur son sein nu l'essence du sérail,
Ou berce mollement son extase rêveuse
Aux accents de sa voix pure et voluptueuse,
Et quand le soir, chassant la chaleur de midi,
Fait courir un air frais sur le fleuve attiédi,
Abandonnant le bain, d'où l'aloès émane,
L'Indienne s'assied sur la molle ottomane,
Et l'esclave attentive, abaissant le rideau,
Etanche sur ses bras les blanches perles d'eau,
Noue autour de son sein la tunique de gaze,
Suspend à son oreille une étoile en topaze,
Voile sous ses cheveux sa chaste nudité,
Et donne à tout son corps l'idéale beauté;
L'idéale beauté, rêve de poésie
Que réalise encor la femme de l'Asie.
Paris, 1835

Dans Fleurs de midi (Gallica)

 
 
 
 
Bibliographie:

- Fleurs du Midi, 1836
- A ma mère! 8 juin 1839
-  Penserosa 1839
- Les funérailles de Napoléon, 1840
- Poésies 1842
- Le marabout de Sidi-Brahim; la chanson des soldats d'Afrique, 1845
- Les chants des vaincus, 1846
- Ce qui est dans le coeur des femmes, 1852
- Le Poème de la femme, 1853
- Ce qu'on rêve en aimant, 1854
- Quatre poèmes couronnés par l'Académie Française, 1855
- La Satire du siècle:
  1- Paris Matière
  2 - La voix du Tibre ,1868




20/03/2010
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