Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Combes des Morelles (Perette-Marie) 1728-1771

Perette-Marie Combes des Morelles

1728-1771

 


Oeuvres spirituelles de Madame de Combes, 1778


Alphabet spirituel

 

Amour, divin amour, le coeur qui nous possède,

Trouve dans tous les maux le souverain remède!

 

Bonté que rien n'épuise, à vos fréquents bienfaits,

Pourquoi mon coeur ingrat ne répond-il jamais?

 

Coeur embrasé d'amour, coeur rempli de clémence,

Vous nous appelez tous, aucun de nous n'avance.

 

Douceur qui calmeriez les Tigres en courroux,

Vous offrez vos attraits, on s'éloigne de vous!

 

Espoir des vrais chrétiens, notre unique refuge,

On méconnaît le Père, on ne voit que le Juge.

 

Fils unique de Dieu, fait homme pour nous tous,

Nous cherchons les plaisirs, quand vous souffrez pour nous.

 

Glorieux Conducteur, au Ciel notre Patrie,

Vous nous invitez tous; on le voit sans envie!

 

Humble d'esprit, de coeur, sur vos instructions,

Nous devrions régler toutes nos actions.

 

Juste de qui nous vient de tous dons l'excellence,

Ne vous en payerons-nous que par l'indifférence?

 

Lien de Charité, vous voulez nous unir,

Le moindre intérêt peut, hélas, nous désunir!...

 

Miroir de la splendeur qui brille en votre Père,

Vous dardez vos rayons, on ferme la paupière.

 

Nous n'avons ici bas que vous seul pour appui.

S'agit-il de prier? Nous cédons à l'ennui.

 

Oh que vous nous aimez! Avec quelle tendresse!

Et nous, hommes ingrats, vous offensons sans cesse!

 

Pasteur vous nous donnez votre sang, votre corps:

Que nous répondons mal à vos divins transports!

 

Que la glace des coeurs est difficile à fondre!

Hélas, que votre amour a droit de nous confondre!

 

Roi puissant, Créateur de la terre et des Cieux,

Pourquoi recherchez-vous des Pécheurs malheureux?

 

Source de Sainteté, trésor inépuisable,

Submergez dans vos flots une âme misérable!

 

Trésor qui vous cachez aux Savants orgueilleux,

Simplifiez notre coeur, montrez-vous à mes yeux!

 

Vainqueur plein de bonté, vainqueur rempli de charmes,

Je me livre à vous seul, et je vous rends les armes.

 


Du bruit du Tonnerre avec celui d'un Concert

 

Toi dont la voix me contrarie,

Et qui condamne ma chanson,

Viens faire avec moi ta partie,

Nous chanterons à l'unisson.

Je dis à mon Dieu que je l'aime:

Crois-moi, fais aujourd'hui de même,

Et cela vaut bien ta leçon,

La Musique sera complète;

Le grand vent fera le basson,

Puis le Tonnerre la Trompette,

Et les cloches le faux-bourdon.

Dans mon aimable solitude,

Libre de toute inquiétude,

Avant le retour de la nuit,

Je chante la bonté Suprême,

Qui de tous les maux m'affranchit;

En conversant avec moi-même,

J'oublie de moi ce que l'on dit.

 


 

Sur le bruit du Tonnerre

 

Effrayée autrefois par le bruit du tonnerre,

Je cherchais en tremblant un asile sous terre;

Tous mes membres glacés, et ma bouche sans voix,

Montraient que tous les maux m'assaillaient à la fois.

La foudre présentait à mon âme troublée,

L'image des tourments de l'âme réprouvée.

Je t'invoquai, Seigneur, et bientôt ton amour,

Rouvrit mes yeux fermés à la clarté du jour.

A mes gémissements tu te montras sensible,

Et je vis que mon Dieu n'est pas toujours terrible,

Que dans lui la bonté surpasse la rigueur.

Ces foudres dont l'éclat m'inspirait la terreur,

Me faisaient voir un Dieu terrible en sa colère:

Mon Juge se cacha; je ne vis plus qu'un Père...

Depuis je vois briller le beau feu des éclairs;

Et j'entends retentir la foudre dans les airs,

Je pense que les vents m'annoncent sa Puissance.

Je reconnais mon Roi, j'adore sa clémence;

Mon coeur exprimera mes tendres sentiments,

Et ma voix plus sonore en rendra les accents;

Mon esprit réjoui s'unit avec les Anges,

Et les Cieux entrouverts reçoivent mes louanges.

A présent quand j'entends du Tonnerre le bruit,

Je prie Dieu de toucher le coeur qui lors frémit;

La terreur quelquefois répandant les alarmes,

Oblige le coupable à rendre à Dieu les armes;

La crainte qui le trouble annonce son retour,

Et prépare la voie au règne de l'amour.



18/01/2012
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