Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Genlis (Stéphanie-Félicité de)... (1746-1830)

Stéphanie-Félicité de Genlis

1746-1830

 

Herbier moral, ou recueil de fables nouvelles, et autres poésies fugitives

(80 fables qui excluent les animaux)

 

La fleur commune et le beau vase

 

Dans un superbe vase, une triste immortelle

Se redressait et s'épanouissait,

En voyant les passants s'arrêter devant elle.

Mais elle s'enorgueillissait

D'une erreur, et l'on n'admirait

Que le porphyre et la forme si belle

Du vase qui la contenait.

En la laissant dans le même parterre,

On la mit dans un pot de terre.

Elle perdit dans cet instant fatal,

Sa richesse, son piédestal,

Et la pauvre fleur, dégradée,

Depuis ce jour ne fut plus regardée.

Combien de grands seigneurs, combien de parvenus

Verraient s'évanouir la foule qui, sans cesse,

Et les environne et les presse,

Sils perdaient les emplois dont ils sont revêtus.

 

Le voyageur, l'orme et le mancelinier

 

C'est l'ennui, la satiété,

Qui font aimer la nouveauté.

Ce goùt ne fut jamais donné par la Nature;

Le Lapon dans sa hutte obscure,

Le sauvage au fond des forêts,

Le sage dans sa solitude,

Craignent le changement et ne trouvent d'attraits

Qu'à suivre la douce habitude.

Mais pour l'homme blasé, l'objet le plus nouveau

Ne peut manquer d'avoir la préférence.

Il est neuf, inconnu, donc il est le plus beau.

Ainsi raisonne l'inconstance,

Qui, lasse des vrais biens et cherchant à jouir,

Donne tout au hasard, et change sans choisir.

De ce goùt dépravé, dont le pouvoir magique

A gouverné plus d'un pays, je vais citer unexemple tragique.

Un voyageur (il était de Paris),

Sur le déclin du jour, surpris par un orage,

S'arrêta tout à coup au milieu d'un sentier,

Et cherchant des yeux un ombrage,

Il vit auprès d'un orme un grand mancenilier;

Comment ne pas lui rendre hommage?

Pour lui cet arbre était nouveau!

C'en fut assez pour dédaigner l'ormeau,

Qui cependant portait un plus épais feuillage.

Sous le mancelinier l'imprudent voyageur,

D'un funeste repos savourant la douceur,

Exempt d'effroi, de défiance,

S'abandonna sans réisitance

Aux charmes d'un sommeil trompeur,

Qui fut le dernier de sa vvie:

Une profonde léthargie

En peu d'instants mit un terme à son sort,

Dans les bras de Morphée il rencontra la mort.

L'ormeau n'aurait pas eu cette affreuse influence!

Mais il était privé de l'attrait si piquant

D'une nouvelle connaissance.

 

A nos anciens amis donnons la préférence,

C'est le plus doux parti, comme le plus prudent.



19/03/2011
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 109 autres membres