Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Pont de l'Etang (Comtesse du) ?-1855

Comtesse du Pont de l'Etang

?-1855



Les Ephémères, 1829

Venise, 1834

 

 

Le Poëte en 1829

Sans frein et sans guide
Sur le roc humide,
O torrent rapide,
Où cours-tu, dis-moi?
Comme une rivière
Humble en ta carrière
Par le mur de pierre
Sois borné. - Pourquoi?

La bouillante lave
Coule-t-elle esclave
D’une telle entrave
Près de Portici?
Non. L’onde enflammée,
En vain enfermée,
Roule sa fumée
Dans l’espace. Ainsi,

Torrent indomptable,
Au volcan semblable,
Doux ou redoutable,
Fou, s’il le voulait;
Bravant frein, muraille,
Soit qu’il rogne ou taille.
Que le poëte aille
Où cela lui plaît.

Gai, sombre,
Beau, tors,
Spectre, ombre
Ou corps;
Sylphe, ange,
Démon,
Etrange,
C’est bon.

Qu’il se mire
Au flot bleu;
Que son rire
Soit de feu;
Que squelette
En toilette,
Il vous jette
Un adieu.

Que sa voix haute
Semble un grelot;
Qu’il craque et saute
Comme un brûlot;
Nain de calibre,
Qu’il danse libre,
En équilibre,
Au bout d’un flot.

Tam-tam, lyre ou cloche,
Fantôme aux yeux verts,
Sublime ou bancroche,
Tout sied à ses vers;
Et prude classique,
La vieille critique
Vainement s’applique
A forger ses vers.

L’art se rit des lisières
Des fers et des baillons;
Des menottes si chères
A tous nos vieux barbons
Il dit: Va, je te lâche,
Poëte, taille, hache,
Cueille; rien ne me fâche;
Va, tous les fruits sont bons.

Au jardin de poésie
Nul fruit n’est défendu.
La loi, c’est ta fantaisie,
Le libre arbitre t’est dû.
Va, l’immense est ton domaine,
Car l’aigle est roi de la plaine;
Va, toutes censure est vaine,
Et ton essor t’est rendu.

En Dieu crois ou crois au diable,
Sois chrétien, juif, ou payen,
Même athée, et raisonnable,
L’art ne se plaindra de rien.
En vers ou prose déroule
Tes pensers, et pour la foule
Scupte en marbre, en bronze coule,
L’art toujours dira: c’est bien.

Dans quelque climat ou quelque âge
Que se pose ton pied hardi,
Amant du jour ou du nuage,
Fils du Nord ou fils du Midi;
Que l’Orient t’ait donné de l’être,
Ou que l’Occident t’ait vu naître,
Si l’esprit de feu te pénètre,
Blâmé, prôné, cher, ou banni;

Pourvu, vois-tu, que ta muse soit muse;
Ou bien encor que, te parlant tout bas,
Ta bonne fée à ton réveil s’amuse
A te dicter ces vers aux noirs appas,
Ce ranz des morts, ces rauques harmonies
D’un esprit fort profondeurs infinies
D’un esprit fort profondeurs infinies,
Par le vulgaire incessamment honnies;
Marche en avant, car il n’importe pas

Que cette muse ou fée, usant de ton génie,
Autour d’elle ait drapé la colocaria,
Ou, géante, ait marché sous la cotte hardie,
Ou cueilli sa guirlande au rose accacia;
Tout est bien, tout est beau; l’art n’a point de barrière,
D’itinéraire aucun; nulle carte routière.
Le possible jamais ne consent de frontière.
L’impossible!...jamais l’art ne l’appécia.

Qu’importe qu’en l’ardeur dont son vol surabonde,
Franchissant d’un seul bond l’horizon infranchi,
Comme un nouveau Colomb, saisi d’un nouveau monde,
Il ait planté sa tente au seuil de l’infini?
Ou qu’au soleil vieilli qui pour lui fait la roue
De sa main généreuse il attache une proue?
Salut au novateur! tout un siècle le loue.
Va, dit l’art; ton voyage encor n’est pas fni.

Qu’importe que mortel sur qui s’étale,
Loin du monde réel et des sentiers battus,
Il s’élance lié sur la noire caale
Dans les chemins sanglants, sur les sommets chenus;
Qu’il vole sur l’éclair jeune fils de Pégase,
Et comme un vent, traverse en son rapide effroi
Les plaines du possible et les chmps de l’emphase,
Qu’il tombe et tombe encor, s’il se relève roi?

Pourvu que dans son vol sa muse l’accompagne;
Que, loin des champs fanés de son triste pays,
Varié à l’égal d’une ville d’Espagne,
Cette muse, qui fuit Versailles et Paris,
Montre, brillant des traits de la ville étrangère,
Ses beaux orangers verts le long de la rivière,
Sa large et grande place ouverte au grand soleil,
Pour les fêtes, et celle où l’astre, à son réveil,
Voit de l’auto-da-fé qu’un roi chétien protège
Passer morne et sans bruit le funèbre cortège;

Nous montre ses ponts blancs sur le fleuve tout bleu;
La foule qui les couvre, et qui court enivrée
Voir les toréadors ou les bûchers en feu,
Gloire antique, et plaisirs de la noble contrée;

Puis ces mille maisons, d’inégales hauteurs,
De tout forme ainsi que de toutes couleurs,
Neuves, vieilles, ou bien élégantes, sculptées,
Peintes, basses, ou bien jusques au ciel montées;
Cette rue ignorant la raideur du cordeau,
Qui se prolonge étroite, obscure et tortueuse.
Côte à côte dressés, le palais, le tombeau;
La caserne, le cloître à la mine pieuse;
L’hospice, le marché plein de peuple et de bruits,
Où se pressent à l’oeil, les fleurs, le sang, les fruits;

Icvi près, le tréteau, ses clinquants, sa fanfare,
Son gros rire, ses chants, son fard, ses oripeaux;
A deux pas, instrument d’origine barbare,
Le gibet préparant leur pâture aux corbeaux;
Son fer vieux, et rouillé, sa pierre vermoulue,
Avec quelque squelette élancé dans la nue,
Qui craque au vent, et fait soudain baisser la vue
Du puissant chargé d’or et du pauvre en lambeaux.

Au centre s’élançant la grande cathédrale,
Avec sa flèche aiguë et sa tour du bourdon,
Ses cinq portails sculptés, sa frise originale,
Fraise brodée à jour sur un rouge horizon;
Sa forêt de piliers à chapiteaux gothiques;
Ses arcs-boutants si forts, mais d’aspects fantastiques;
Ses arceaus crevassés, ses chapelles mystiques,
Et ses vieux ossements dans leur sainte prison;

La rosace, l’ogive, et mille colonnettes,
De leurs gerbes ornant ses vastes cavités,
Et sa lampe éternelle et ses saintes sonnettes,
Ses vitraux de couleur sur les murs reflétés;
Son maître-autel couvert d’or, de fleurs, de lumière,
Duquel vers le pardon s’élance la prière;
Sa croix d’argent, son dais, son encens, sa bannière,
Et ses naissantes voix aux timbres argentés:

Edifice imposant, merveilleux assemblage,
Géant monumental, beau de loin, beau de près,
Qu’un siècle à l’autre siècle assure en héritage!...
Pais pourquoi t’arrêter, muse? poursuis. Après?
Parle. Ne vois-tu pas tout au bout de la ville
Une merveille encor qui se cache et qui brille?...
Dis-moi, de l’Orient n’est-ce pas quelque fille?...
Dis! ne me laisse pas pour adieux des regrets!

Je le pensais. Oui, c’est cette mosquée,
Qu’avec amour ombrage le palmier.
Je reconnais cette belle mosquée,
Des monuments à tes yeux le premier,
Ses dômes ronds ou d’étain ou de cuivre.
De toute erreur que le ciel nous délivre,
Avec Allah il fait si doux de vivre!...
Et lorsqu’on voit près du gris olivier:



03/08/2011
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 137 autres membres