Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Pourquoi ce Blog? (écrits divers)

Pourquoi ce blog?

 

   Peu de recueils édités,

 

   encore moins dans les rayons de librairies. Des libraires d'ailleurs parfois juste capables de bredouiller un ou deux noms. Beaucoup de poétesses de premier plan ont ainsi été oubliées, comme effacées. Les anthologies ont consacré des valeurs "sûres", forcément masculines. Il y a bien sûr des exceptions: Pernette du Guillet, Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore et Marie Noël. C'est le syndrome "Marguerite Yourcenar" qui permet de soutenir qu'il y a des... ou plutôt une femme  dans la prestigieuse collection de la Pléïade. Il faudra revenir sur l'argument, encore largement répandu et forcément inavouable, confirmé semble-t-il par Roland Barthes, selon lequel la "poésie féminine" est très inférieure à la "poésie masculine". Le philosophe Stuart Mill, dans "L'asservissement des femmes", a dit là-dessus des choses définitives...il y a un siècle et demi.

 

   Beaucoup de ces poèmes ne revendiquent rien, ils sont la Preuve!... Ils s'emploient à être des "forces", à capter, parfois imparfaitement Ces "Forces" dont parle Marie Lenéru dans son Journal. Mais il faut aussi écouter cette longue plainte ou plutôt cette protestation jamais aboutie qui traverse les siècles:

 

 

 

 "Je voudrais bien aux Muses faire hommage,

 

 

 

Et par escrits mes peines soupirer:

 

 

 

Mais quelque soin m'en vient toujours tirer,

 

 

 

Disant qu'il faut ne songer qu'au ménage"

 

 

 

                                                                             Madeleine Desroches (16ème siècle)

 

(dans Keralio, vol. 9, Google)
 
    Un an et plus que j’ai décidé d’en avoir le coeur net sur le silence quasi total qui règne sur la création poétique féminine en France. Les recueils de poétesses se comptent le plus souvent sur les doigts de la main, même dans les meilleures librairies. Marie de Romieu (16ème siècle) est-elle si infèrieure à son frère parce qu’elle concède avec ironie que le recueil qu’elle lui adresse a été “composé assez à la hâte, n’ayant pas le loisir, à cause de notre ménage, de vaquer (comme vous dédié pour servir aux Muses) à chose si belle et divine que les vers”. A cette ironie fait écho cette formule de Victoire Babois (début 19ème), célèbre en son temps pour ses Elégies et qui fait un pont entre André Chénier et Lamartine: "Peut-être les femmes devinent-elles cet art que les hommes, vu l'étendue et l'importance de leurs ouvrages, apprennent si péniblement et cultivent si laborieusement." Une réponse est peut-être proposée par Mme de Staël: "Pour une femme, la gloire est le deuil éclatant du bonheur."  
   J’ai donc suivi la trace des grands défricheurs, qui ne datent pas d’ailleurs du début du 20ème siècle. Mais enfin, hommage soit rendu à Alphonse Séché qui choisit malgré tout souvent (mais pas toujours) des textes plutôt mièvres. Merci à Maurice Béalu, à Jeanine Moulin. Christine Planté a pris aujourd’hui la succession... J’ai fait aussi le bilan de tous les noms féminins cités dans l’histoire de la poésie française de Robert Sabatier: très peu jusqu’au 17ème, mais pour le 19ème siècle, c’est un festival. Sans doute lui fallait-il se racheter!
   Je croyais faire assez vite de tour du sujet, quand j’ai commencé à réaliser que , sur Internet, les noms de poétesses françaises étaient plus souvent évoqués dans la littérature critique anglaise, plutôt qu'en France, parfois depuis plus de 20 ans.  Me voilà en train de commander aux Etats-Unis une édition bilingue des “Rythmes pittoresques” (1890) de Marie Krynsinska, De réitérer pour une édition bilingue de “The dédiant Muse French feminist poems”. Enfin, de découvrir, ébloui, l’encyclopédie dont je rêvais, toujours en bilingue (traduction anglaise incroyable, fiches de présentation qui me servent de références:  Norman R. Shapiro: “The distaff and the pen; French women poets of nine centuries”. 56 poétesses!. L’ouvrage de près de 1200 pages m’est arrivé dans une sorte de sac d’engrais, scellé, la boîte de carton fort était à l’intérieur, protégeant le livre, lui-même soigneusement enveloppé. La mise en page donnant enfin une sorte de caractère "officiel" au précieux contenu.
   C’était pour moi ce qu’il y avait de plus NOUVEAU sur le front de la poésie.
  Depuis j’ai fait venir une encyclopédie des poétesses belges d’expression française (26 noms plutôt du XXème siècle évidemment!). Je vous épargne les études pointues sur les femmes troubadours pas forcément en version bilingue, etc...
  
   Grâce aux sites "Gallica" (Français) et à "Archive.org (américain) qui numérisent et mettent en ligne des ouvrages anciens, des monuments sont en train d'émerger des ténèbres...celles peut-être du 19ème siècle, qui a beaucoup fait, malgré quelques grands figures masculines, pour effacer la mémoire de maintes poétesses en leur concédant quelques compositions sur les fleurs, les oiseaux, la maternité etc..., bref, en les cantonnant dans un registre mineur, et ceci jusqu'au début du XXème siècle.
   Je ne voudrais pas encourager le sentiment de révolte que suscite la lecture de centaines de jugements de valeur masculins, tous plus consternants les uns que les autres. Mais enfin comment se priver de ce "bon mot" d'Alfred Marquiset, "éminent" critique de la fin du 19ème: "une femme qui écrit commet deux erreurs: elle augmente le nombre des livres et diminue le nombre des femmes". Le monde de la poésie a été le plus souvent la chasse gardée des hommes, et je ne suis pas sûr que cela ait vraiment changé... Fin du moment critique. Je voudrais surtout communiquer aux lectrices et lecteurs la joie revouvelée de la découverte et contribuer modestement au réveil de ce  continent poétique. Au fait connaissez-vous la fable la plus courte qui soit? Elle est d'Adeline Joliveau de Segrais (1756-1830):

 

L'Aigle et le Ver

 

L'Aigle disait au Ver sur un arbre attrapé:

"Pour t'élever si haut, qu'as-tu fait? - J'ai rampé"

 

Jo Laporte, Juillet 2011

 


 

Le jury de poésie de la revue "Femina" (avril 1911)

 

Beaucoup de noms célèbres...du moins à l'époque!
Cette année là le prix fut remis à Isabelle Sandy
(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)
Doc. Gallica

 

 

   Si peu de textes!

 

 Quelques mots pour préciser la nature de mon travail. Il a sa source dans une frustration: mis à part quelques grands noms (et encore...Louise Labé a-t-elle existé?), il est très difficile d'accéder à la poésie féminine. Le bilan est désolant...les manuels scolaires...les rayons de librairies etc...semblent avoir intériorisé le fait que cette littérature ne présente pas grand intérêt.. Je sais bien, il faut éviter de distinguer la poésie masculine de la poésie féminine, mais quand même...les anthologies de référence, encore aujourd'hui, n'accordent pratiquement aucune place aux femmes. Il y a deux ans, j'ai voulu en avoir le coeur net et j'ai commencé à chercher... à fouiller sur Internet, et j'ai constaté que des sites comme Gallica ou Archive.org et d'autres...donnaient une seconde chance à un nombre important de textes de femmes, refoulés, oubliés. Mon blog se construit donc au hasard des trouvailles que j'y fais. J'évite de faire des choix prématurés fondés sur des conceptions fermées de la poésie. Je serais incapable de faire une synthèse de ce que je trouve. J'essaie d'exhumer des textes et des noms, je les épingle de peur de les perdre à nouveau dans le magma de données, les moteurs de recherche s'avérant souvent très capricieux. J'essaie aussi de constituer peu à peu une plateforme PDF pour faciliter la consultation de tel ou tel document. Je souhaite également enregistrer le plus grand nombre de voix féminines ou masculines susceptibles de faire revivre ces textes. 

   Les grandes anthologies actuelles sont rares et je me sens personnellement choqué, voire humilié, de constater que les 2 meilleures sont, l'une américaine ("The distaff and the pen") et l'autre mexicaine ("Constelación de poetas francófonas"). Elles sont d'ailleurs bilingues. Je me suis procuré 3 autres anthologies bilingues (anglais/français). Comment expliquer cette situation révoltante? Il y a aujourd'hui de grandes spécialistes de la question, Christine Planté, Patricia Izquierdo...; je consulte leurs écrits. Mais il y a si peu de textes. On attend avec impatience l'anthologie promise par Patricia Izquierdo, complément indispensable de son magnifique travail sur les poétesses des nnées 1900...

   Ma conclusion est que mes études de Lettres ont été tronquées, que j'ai été trompé et qu'il m'est nécessaire de reprendre le travail sur de nouvelles bases et en partant de la question suivante. De quoi l'humanité (en l'occurence et plus modestement, la France... et un peu plus) se sont-elles privées en décourageant et en occultant beaucoup de ces textes???

 

Décembre 2011


 

 

De la rareté et de l'infériorité des femmes dans le domaine de la création?

 

    On m'objectera que la plupart de ces auteures sont "inférieures" aux génies masculins qui ont modelé notre esprit et que ce n'est pas pas par hasard si l'on trouve peu de femmes créatrices dans toute l'histoire. Cette idée est encore partagée par un grand nombre d'hommes et par certaines femmes. Les rayons de librairie en sont la matérialisation. Pourquoi proposer des oeuvres de femmes qui n'ajouteront pas grand chose à la culture générale incarnée par les grands noms qui, eux,  sont allés à l'essentiel et ont posé de manière magistrale tous les grands problèmes qui nous agitent, que l'on soit homme ou femme? Cherchez donc un recueil de poétesses dans la Pléïade ou à la FNAC, vous ne serez pas déçus! Mais Marie de Romieu, dans un lettre incisive adressée à son frère en 1581, n'avait-elle pas déjà répondu à cela  en  admettant (peut-être de façon ironique)  que ses vers n'était sans doute pas aussi bons que les siens, mais qu'il fallait tenir compte des contraintes et des tâches qui empéchaient les femmes d'aller jusqu'au bout de leurs intuitions poétiques. Il serait donc plus honnête d'accepter cette relative "infériorité", mais de considérer que les femmes n'ont jamais eu complètement les moyens de leur potentiel de création, qu'elles sont donc restées en deçà de ce qu'elles auraient pu proposer, et que l'humanité, régie par des codes sociaux et culturels masculins a été par là même pr!vée d'une part essentielle d'elle-même.

 

3 décembre 2011

 


  
Iconographie et mémoire culturelle
De l'importance des portraits dans la transmission culturelle: qu'en est-il de la mémoire visuelle?
 
"Cette histoire littéraire souhaite en particulier élargir l’étude des textes au domaine iconographique : il s’agit alors – comme précédemment mentionné – de rendre visible les auteures de ces siècles lointains, dans une « galerie des auteures » ; la canonisation et l’inscription dans la mémoire culturelle s’opérant toujours aussi par le recours à l’image. Cela peut paraître banal au premier abord ; cependant, dans le cas des femmes écrivains, la façon dont les processus de réception sont dirigés par cet élément se pose avec une acuité particulière. Il faut en outre réfléchir aux conséquences qu’une absence d’images – que l’on rencontre bien plus couramment chez les dames de lettres que chez les écrivains hommes – entraîne quant à la pérennisation d’une auteure et de son œuvre dans la mémoire culturelle. "
Margarete ZIMMERMANN: À la recherche des auteures des temps passés, LHT n° 7
 « Toute image vise à devenir visiblement un “lieu de mémoire”, un monumentum, d’autant mieux que la mémoire, la memoria individuelle [...], mais aussi la memoria collective dans toutes ses dimensions sociales et culturelles, consiste avant tout en “images”. » (Jean-Claude Schmitt, « L’historien et les images » dans Otto Gerhard Oexle (dir.), Der Blick auf die Bilder. Kunstgeschichte und Geschichte im Gespräch, Göttingen, Wallstein Verlag, 1997, p. 33).
 

Le piège du féminin en français
 
   Il est difficile d'esquiver le piège tendu par des décennies, voire des siècles, d'usage: en français, le masculin paraît seul  apte à l'expression de l'Universel, seul capable de parler à la fois pour les hommes et pour les femmes. Celles-ci restent enfermées dans leur propre monde. Les poèmes d'amour féminins peuvent-ils renvoyer aussi à l'expérience amoureuse masculine? En tout cas, on en doute fortement  au 19ème siècle. L'histoire étonnante de Paul Desforges-Maillard, au 18ème siècle, ne devant son succès qu'à l'adoption d'un pseudonyme féminin, Mlle Malcrais de la Vigne, est restée, canulars mis à part, tout à fait exceptionnelle. D'où l'intérêt de ces quelques poèmes de femmes prenant  la forme d'une réponse au féminin, comme une manière de refuser la représentation masculine, fût-elle sublime, d'une expérience humaine (Blanchecotte  à Baudelaire, Renée Vivien à Barbey d'Aurevilly  ). Car dès qu'un indice de féminin apparaît dans le poème (comment éviter l'"e" muet lorsqu'on est femme et qu'on écrit à la 1ère personne?), c'est la disqualification. On comprend alors les diverses stratégies facilitant la validation d'une poésie féminine:  utilisation pure et simple du masculin, aveu d'une énonciation féminine repoussé à la fin du poème, pseudonyme masculin... et dans le cas d'une relation homosexuelle, masculinisation du nom de l'aimée (Desbordes-Valmore). Mais c'est déjà une toute autre histoire...

 Réserve de poèmes pour la page d'accueil
 
Madrigal
Heureux talent des vers, agréable manie,
Vous remplissez le vide de ma vie:
Je ne tiens rien, ni ne veux rien de vous:
Les dieux en vous bornant, ont su me satisafaire;
Vous me servez à plaire,
Et ne suffisez pas pour faire des jaloux.
Elisabeth Guibert (17ème siècle)

 
 
Savez-vous bien que je vais faire

La gazette de mon amour?

Vous n'y trouverez rien qui ne soit véritable,

Pour tout autre manquez de créance et de foi;

Mais en ce que je dis, je dois être croyable,

Puisque tout se passe chez moi.

(Mlle de la Suze, 17ème)

 


Cécile Sauvage, 1910

 "... Si j'avais eu la chance d'être belle, je n'aurais sans doute jamais écrit..."
 
Louisa Siefert (19ème)
 
"Si je voulais chanter, ma voix se briserait,
Comme celle des fous, dans le rire et les larmes."
 
 
Victoire Babois parlant de la poésie
"Peut-être les femmes devinent-elles cet art que les hommes, vu l'étendue et l'importance de leurs ouvrages, apprennent si péniblement et cultivent si laborieusement."
 Victoire Babois (19ème siècle)



 

Delphine Gay

 

*

 

La Renaissance

    "They are able to impart a sense of individuality and authenticity to their voices in spite of the fact that their works incarnate much of conventional Renaissance thought: the cult of antiquity, the concomitant predilection for ornate expression, the use of conventional topoï en forms, a love of balanced and polished diction, rare words, mythological references, and ideals of ancient moral philosophy, history, and letters. Not surprisingly, the women with the most authentic and individual voices are those not belonging to the upper nobility, those not related to literary men, and those who were affiliated with socially, politically, or religiously, subversive groups..."

(Katharina M. Wilson: Women writers of the Renaissance and Reformation, p.XII, 1987)

 


 

Quelques pistes proposées par Éliane Viennot
Université de Saint-Étienne, Institut Claude Longeon

1 - On observe de nombreuses femmes à des postes de haute responsabilité: "la Renaissance est - avec la période mérovingienne - la seule dans l'histoire de France où l'on observe une concentration de femmes gouvernant le royaume (Catherine de Médicis, Marie de Médicis..." et bien d'autres. La plupart ont écrit.

 

2 - Les femmes ont été au premier plan des luttes idéologiques et des débats religieux, qu'elles soient protestantes ou catholiques. Il existe d'intenses échanges épistolaires avec les réformateurs. Concernant la Contre-Réforme, penser à Mme Acarie et Marguerite de Valois.

 

3 - Dans le domaine philosophique, "on voit le retour du platonisme", version chrétienne, qui va profondément modifier la conception et l'image de la femme héritées du Moyen-Age. Il ne faut donc pas s'étonner de lire des poèmes imprégnés de "féminisme": Les femmes revendiquent le droit d'écrire, de penser et n'hésitent pas à stigmatiser ceux qui les regardent avec mépris et les tiennent à l'écart des lieux éducatifs.

 

4 - L'émergence de la bourgeoisie déstabilise les lieux traditionnels de savoir. Les nouveaux lettrés ne sont plus des clercs liés à tel ou tel monastère, par ailleurs ils ne veulent plus payer leur savoir au prix du célibat (Ce sera pourtant encore le cas de certaines femmes (Catherine des Roches) qui ne veulent pas sacrifier leur goût pour le savoir aux servitudes de la famille). Mais les hommes ont  femme et enfants sans voir perturbée leur carrière littéraire. Ces derniers vont donc profiter  des nouveaux réseaux liés à l'imprimerie et qui amènent dans le foyer un savoir jusque là réservé aux clercs: le capital culturel se transmet aussi de père en fils et... en fille. Celles-ci verront cependant leur formation intellectuelle soumise à des impératifs moraux et familiaux (Agrippa d'Aubigné limitant clairement les domaines accessibles à ses propres filles). Le mariage contribue quand même à une certaine  émancipation culturelle des femmes (ce qu'on ne pourra plus dire au 19ème siècle!).


 

 Au XIXème siècle, 4 périodes à distinguer

 

Périodisation proposée par Christine Planté dans l'Introduction à son Anthologie (de la page X à la page XXI):


1- Fin 18ème et début 19ème: âge d'or pour la poésie féminine. Sous l'influence des Lumières, le genre est plutôt méprisé par les hommes et abandonné aux femmes. Pourquoi ne pas voir de l'ironie dans cette remarque de Victoire Babois? "Peut-être les femmes devinent-elles cet art que les hommes, vu l'étendue et l'importance de leurs ouvrages, apprennent si péniblement et cultivent si laborieusement." (Elégies, an XIII)

2 - Romantismes: régression du statut féminin et de la poésie féminine. Le code Napoléon les définit comme "minores". Tendance chez les femmes-poètes à une crispation académique qui leur fait refuser la révolution littéraire en cours. Le Romantisme accorde à la femme un rôle d'inspiratrice et non de créatrice. Articles hostiles et haineux concernant les femmes-poètes sur le thème "inspirez mais n'écrivez pas".

3 - Modernités: "L'art pour l'art" - la matière maîtrisée - la belle forme - la référence à la sculpture qui est d'abord un métier d'hommes. Le sonnet comme exemple-type de cette maîtrise (virile) de la forme. Période d'innovations créatrices qui sont refusées aux femmes, attardées qu'elles sont dans des "méandres lamartiniens" tout juste bons à faire pleurer Emma Bovary. Les femmes paraissent elles-mêmes oublier les problèmes de la forme et continuent à versifier comme Lamartine, Musset et Hugo.

4 - Fin de siècle: évolution de la condition féminine, aspiration du public et des critiques à une poésie plus accessible, moins hermétique. Les femmes paraissent détenir la clef de cette nouvelle révolution poétique. Charles Maurras parle d'un "romantisme féminin", d'autres utilisent l'expression "Sapho fin de siècle". La sensualité devient un thème à la mode. On hésite à qualifier cette renaissance: "désirs épars", "nudité aguichante", "poésie dionysiaque" ou... "décadence"? Proust à propos d'un tableau de Gustave Moreau: "le visage empreint de douleur céleste, on se demande, à le bien regarder, si ce poète n'est pas une femme".

 

 

 

1 - On observe de nombreuses femmes à des postes de haute responsabilité: "la Renaissance est - avec la période mérovingienne - la seule dans l'histoire de France où l'on observe une concentration de femmes gouvernant le royaume (Catherine de Médicis, Marie de Médicis..." et bien d'autres. La plupart ont écrit.

 

2 - Les femmes ont été au premier plan des luttes idéologiques et des débats religieux, qu'elles soient protestantes ou catholiques. Il existe d'intenses échanges épistolaires avec les réformateurs. Concernant la Contre-Réforme, penser à Mme Acarie et Marguerite de Valois.

 

3 - Dans le domaine philosophique, "on voit le retour du platonisme", version chrétienne, qui va profondément modifier la conception et l'image de la femme héritées du Moyen-Age. Il ne faut donc pas s'étonner de lire des poèmes imprégnés de "féminisme": Les femmes revendiquent le droit d'écrire, de penser et n'hésitent pas à stigmatiser ceux qui les regardent avec mépris et les tiennent à l'écart des lieux éducatifs.

 

4 - L'émergence de la bourgeoisie déstabilise les lieux traditionnels de savoir. Les nouveaux lettrés ne sont plus des clercs liés à tel ou tel monastère, par ailleurs ils ne veulent plus payer leur savoir au prix du célibat (Ce sera pourtant encore le cas de certaines femmes (Catherine des Roches) qui ne veulent pas sacrifier leur goût pour le savoir aux servitudes de la famille). Mais les hommes ont  femme et enfants sans voir perturbée leur carrière littéraire. Ces derniers vont donc profiter  des nouveaux réseaux liés à l'imprimerie et qui amènent dans le foyer un savoir jusque là réservé aux clercs: le capital culturel se transmet aussi de père en fils et... en fille. Celles-ci verront cependant leur formation intellectuelle soumise à des impératifs moraux et familiaux (Agrippa d'Aubigné limitant clairement les domaines accessibles à ses propres filles). Le mariage contribue quand même à une certaine  émancipation culturelle des femmes (ce qu'on ne pourra plus dire au 19ème siècle!).


 

Des clés (provisoires) pour consulter la liste du XIXème et du XXème
Dépendances: 

   Maris, amants, parrains: Lamartine (Antoinette Quarré la lingère), Musset (Marie Ménessier-Nodier), Hugo, Dumas (Mélanie Waldor), Vigny, Baudelaire, Sainte-Beuve (Mme d'Arbouville)...Alphonse Daudet (Madame Alphonse Daudet). Dumas (Mélanie Waldor).

 

" Douleur maternelle (Mater dolorosa) Mère et fille...

ou "Odeur de maternité"..."Chaleur de couvée !!!" (Sophie Hue...)...
 
 Les "ouvrières"
"Apparition d'un essaim chantant de jeunes filles sorties des rangs du peuple"((Amable Tastu), sous Louis-Philippe et au-delà.
(Antoinette Quarré, Reine Garde, Malvina Blanchecotte... et Hermance (Sandrin) Lesguyon, Clémence Robert, Adèle Daminois, Victoire Babois, Eugénie Niboyet, Amable Tastu Gabrielle Soumet, Louise Crombach...)

La dimension sociale et/ou politique?
  
Peu présente mais pas inexistante. (Desbordes-Valmore, Blanchecotte, Mme Ackermann...)
 
La dimension provinciale
Nantes: Mélanie Waldor
Nantes: Elisa Mercoeur
Le Pellerin: Adine Riom
Quimper: Augusta Penquer...
Lorient: Sophie Hue
Nantes: Adélaïde Dufrénoy
Nantes: Constance Salm-Dyck
 
Fables et contes philosophiques en vers. La femme et le registre moral:
(Desjardins de Villedieu,Amable de la Férandière, Mme de Genlis, Joliveau de Segrais, Marceline Desbordes-Valmore, Louise Ackermann...
 
Les élégiaques (surtout au début du siècle):
(Adélaïde Dufrénoy, Victoire Babois, M. Desbordes-Valmore, Pauline de Flaugergues)

Unanimisme, panthéisme, fusion avec la nature:
(Dauguet, Noailles...)

Poèmes d'amour
(Marie Dauguet, Marguerite Burnat-Provins...)

La mort fantastique ou... baroque ?( Anaïs Ségalas...)
 
La dimension philosophique... interdite ("le philosophisme")
(Clara Francia Mollard, Louise Ackermann, Daniel Lesueur)
 
Pseudonymes: Poèmes féminins publiés sous un pseudonyme masculin. Poèmes masculins publiés sous un pseudonyme féminin
 
Corinne...Sappho  (les modèles de l'Antiquité)
(Constance de Salm-Dick, Mme de Staël, Renée Vivien...)
 
Les revendications féministes compromises

 


 

 La plus injustement oubliée,
Marie Dauguet!
 
Même pas un article Wikipedia sur cette poétesse  au lyrisme puissant, sans doute l'une des plus incontournables du XXème siècle.
 
"Ma flûte rauque n'est pas faite de roseaux
Coupés classiquement où du soleil soupire,
Alignant leurs tuyaux rejoints et inégaux,
Sous l'écheveau de lin et que colle la cire.

Elle est de bois dur, dissonante dans le vent,
Et sussure en mineur, pleine de sourds bécarres
Ou d'étranges bémols qui vont se dissolvant
Avec le cri bleu des crapauds au bord des mares."


13/07/2011
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