Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Rivery (Mme de) fin 16ème siècle

Madame de Rivery

ou Marie Le Gendre

(voir la présentation de la BNF, Gallica)

 ou  peut-être encore Madeleine de l'Aubespine,

Pour M. de Rivery, voir à la fin du "Cabinet des saines affections (1595), l'extrait du Privilège attribué à M. de Rivery!!!

 

 

 

 

Stances

 

 

 

 

Le sang bouillant d’honneur et d’envie d’aimer

 

La vertu dont le corps est reluisant de gloire

 

Je grave mon amour au front de la mémoire,

 

Pour faire valoir l’objet que je veux honorer.

 

 

 

II

 

Je ne crains point le bruit du vulgaire envieux

 

Qui, hors de tout propos, censure toutes choses:

Je veux de mon amour les actes et les causes

Paraissent saintement en la terre et aux cieux.

 

 

 

III

 

Le sujet de mon feu n’a rien que de parfait,

 

De beau, de grand, de bon et de louable,

 

D’excellent et de saint, de rare et d’admirable,

 

Gravant en son esprit son tout divin portrait.

 

 

 

IV

 

Il élève mon coeur à de justes vouloirs,

 

Me faisant mépriser cette machine ronde,

 

Le feu, l’air, l’eau, la terre, et tout ce mortel monde,

 

Et emploie mon âme à de plus saints devoirs.

 

 

 

V

 

Il me fait éloigner de toute vanité,

 

Et suivre incessamment la véritable essence,

 

Du grand tout éternel, de qui la connaissance

 

Arrête les esprits à sa divinité.

 

 

 

V

 

Il me fait arrêter aux plus dignes desseins

 

Que puisse concevoir un esprit équitable,

 

Il me fait n’estimer nulle chose honorable,

 

Qui n’ait la raison de son être, et ses fins.

 

 

 

VII

 

Heureusement ravie en mon affection,

 

Il guide dans le ciel mon ardeur immortelle,

 

Il conduit tous mes voeux d’une course éternelle,

 

Et me rend infinie en ma dévotion.

 

 

 

____________________________

 

 

 

I

 

Tout un monde d’ennuis, de gênes, de malheurs,

 

N’est qu’un atome auprès du mal que je je soupire.

 

Il n’y a rien d’égal à mon cruel martyre,

 

Et qui ne soit fort doux auprès de mes douleurs.

 

 

 

II

 

Qu’un torrent de regrets emporte mes esprits,

 

Se perdre en une mer ondoyante de larmes,

 

Que le nombre infini de mes chaudes alarmes,

 

Battent l’air et les cieux de mes ardents soupirs.

 

 

 

III

 

Qu’un funèbre destin par sa fatalité

 

Guide ma vie aux fins de son sort redoutable,

 

Que la mort seule soit à mes maux secourable,

 

Pour retrancher le cours de leur infinité

 

 

 

IV

 

Mort qui êtes mon bien, mon secours, mon espoir,

 

Je vous offre les voeux de mon heureuse attente,

 

Et à vous coeur cruel, si ma fin vous contente,

 

Recevez les effets de mon final devoir.

 

 

 

V

 

Je consacre mon coeur à votre cruauté,

 

Ma mort à vos souhaits, mon sang à votre envie,

 

Mon âme aux désespoirs où l’avez affermie,

 

Et mes derniers sanglots à ma fidélité.

 

 

 

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Stances de divers poèmes

 

 

 

I

 

Mériter quelque bien est un astre contraire

 

A la félicité de celui qui l’espère:

 

Aujourd’hui la vertu empêche le bonheur,

 

Où l’on ne voit plus rien régner que l’ignorance,

 

Faire de l’honneur vice, et fouler la prudence

 

Aux pieds des indolents pour preuve de malheur.

 

 

 

II

 

Mais je ne puis aimer un si vil exemplaire,

 

Rien de si misérable oncques ne me peut plaire,

 

J’aime des vertueux les actes et les moeurs,

 

Ou au rebours je fuis et déteste les rages

 

De ces fols indiscrets qui montrent leur courage,

 

En fuyant les abus de si lâches erreurs.

 

 

 

III

 

J’adore les souhaits d’une âme haute et belle,

 

Qui montre en tous ses voeux son espèce immortelle

 

En ne concevant rien que sa divinité,

 

De qui les mouvements ne démentent son être,

 

Qui dédaigne le monde et qui fait reconnaître

 

Que le temps ne peut rien sur son éternité.

 

 

 

III

 

Si j’ai en cette humeur peu ou point de semblables,

 

Mes souhaits en seront beaucoup plus honorables,

 

N’étant rien si abjecte que la communauté,

 

J’aime ce qui mérite, et fuis les communs nombres,

 

Je suis le corps du vrai et fuis ses vaines ombres,

 

Car jamais la vertu ne fut sans vérité.

 

 

 

 

 

______

 

 

 

Autres stances

 

 

 

I

 

Tant de soupirs en l’air, tant de peines perdues,

 

Tant de larmes sans fin, vainement répandues,

 

Tant d’ennuis sans sujet soufferts et racontés,

 

Sont bien certains témoins d’une amoureuse rage

 

Mais non pouvoir, hâtant pour fléchit mon courage,

 

Ni pour m’assujétir sous telles vanités.

 

 

 

II

 

Mon âme ne reçoit du commun la pensée,

 

Jamais d’un fol amour elle ne fut blessée:

 

Le Cupidon qui peut la ranger sous ses voeux,

 

Est amour animé de vertu et de gloire,

 

Qui des plus beaux desseins moissonne la victoire,

 

Et qui n’enflamme point que de célestes feux.

 

 

 

III

 

Ainsi ne puis-je aimer du vulgaire l’envie,

 

De  plus dignes projets accompagnent ma vie,

 

Je ne meurs, ,e languis, ne soupire, ni plains,

 

Courant  après l’erreur d’une volage flamme:

 

Je n’ai rien qui ne soit plus solide en mon âme,

 

Ni souhaits qui ne soient de divinités pleins.

 

 

 

IV

 

Vous, amants qui errez dans un monde de gênes,

 

Qui faites de vos yeux des sources de fontaines,

 

Et de vos estomacs des fourneaux à l’amour,

 

Où il forge ses traits et allume ses flammes,

 

Dites-moi bienheureuse exempte des alarmes

 

Qu’il donne à vos esprits et la nuit et le jour.

 

 

 

___________

 

 

 

Autres stances

 

 

 

 

Puisque nos esprits sont par une double vie

 

Elevés en l’espoir de l’éternel bonheur.

 

Nous devons franchement de vouloir et de coeur

 

Rendre notre âme à Dieu de sa beauté ravie.

 

 

 

II

 

Nous devons nous bannir du plaisir transitoire,

 

Pour aspirer au bien qui n’est point limité

 

Par l’arrêt inconnu d’une fatalité

 

Qui éteint tout d’un coup bien souvent notre gloire.

 

 

 

III

 

Tout naît ici caduc, fragile et périssable,

 

Rien en pareil état n’y dure longuement,

 

Tout y tend à sa fin par son commencement,

 

Son être est incertain comme l’ombre muable.

 

 

 

IV

 

En ce monde imparfait règne l’incertitude

 

Qui nous jette au penser de mille vanités,

 

Nous faisant concevoir par nos iniquités

 

Le mal qui nous retient dessous sa servitude.

 

 

 

VI

 

Heureux qui fixement arrête son courage,

 

Souffrant sans s’ébranler le fatal changement,

 

Bienheureux est celui duquel le jugement

 

Le guide en même port par le calme et l’orage.

 

 

 

VII

 

Heureux qui dans son coeur ne balance à toute heure

 

Ores dedans le mal, ores dedans le bien,

 

Heureux sage constant est celui qui n’a rien

 

Dans l’âme qui ne soit propre à son aventure.

 

 

 

VIII

 

Le vrai heur ne dépend de mortelle puissance,

 

Car il dure au-dessus des siècles permanent,

 

Toujours luisant d’honneur il se voit éminent,

 

Et traverse son cours d’une même confiance.

 

 

 

IX

 

Le tout bon infini, grand, puissant admirable,

 

Flue (?) seul dans les coeurs le vrai contentement,

 

Comme il est seul parfait par son seul mouvement 

 

Il est le seul auteur du tout seul bien aimable.

 

 

 

X

 

Il est Roi de bonté, de vertu, de clémence,

 

De grâce, de beauté de liesse et douceur,

 

Malheureux sont tous ceux qui fuient sa faveur

 

Et n’adorent sans fin son éternelle essence.

 

 

 

Cabinet des saines affections... Discours et Stances... (dernière édition augmentée..., par madame de Rivery, 1595

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



01/10/2013
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