Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Weil (Simone) 1909-1943

Simone Weil

1909-1943

 

Retrouvez les poèmes de Simone Weil sur le PDF sans titre concernant

La poésie de Simone Weil, p. 283

 

 Voici les premières lignes de l'introduction de cette étude

 

   "Simone Weil n'est pas connue dans les études weiliennes en tant que poète, de même ses refléxions sur la poésie n'ont pas été analysées systématiquement. Cette thèse cherche à démontrer la cohésion entre la pensée et la pratique poétiqe, avec pour objet de faire découvrir l'inconnue Simone Weil, le poète mystique."

 

 

 Eclair (1932)


Que le ciel pur sur la face m'envoie,

Ce ciel de longs nuages balayé,

Un vent si fort, vent à l'odeur de joie,

Que naisse tout, de rêves nettoyés:

 

 Naîtront pour moi les humaines cités

Qu'un souffle pur a fait nettes de brume,

Les toits, les pas, les cris, les cent clartés,

Les bruits humains, ce que le temps consume.

 

 

Naîtront les mers, la barque balancée,

Le coup de rame et les feux de la nuit;

Naîtront les champs, la javelle lancée;

Naîtront les soirs, l'astre que l'astre suit.

 

Naîtront la lampe et les genoux ployés,

L'ombre, le heurt aux détours de la mine;

Naîtront les mains, les durs métaux broyés,

Le fer tordu dans un cri de machine.

 

Le monde est né; vent, souffle afin qu'il dure!

Mais il périt recouvert de fumées.

Il m'était né dans une déchirure

De ciel pâle au milieu des nuées.

 


 

A une jeune fille riche (1935)

 

Clymène, avec le temps je veux voir dans tes charmes

Sourdre de jour en jour, moindre le don des larmes.

Ta beauté n'est encor qu'une armure d'orgueil;

Les jours après les jours en feront de la cendre;

On ne te verra pas, éclatante descendre,

Fière et masque baissé dans la nuit du cercueil.

 

A quel destin promise, en ta fleur passagère,

Glisses-tu? Quel destin? Quelle froide misère

Viendra serrer ton coeur à le faire crier?

Rien ne se lèvera pour sauver tant de grâce;

Les cieux restent muets pendant qu'un jour efface

Des traits pur, un teint doux qu'un jour a vus briller.

 

Un jour peut te blémir la face, un jour peut tordre

Tes flancs sous une faim poignante; un frisson mordre

Ta chair frêle, naguère au creux de la tiédeur;

Un jour, et tu serais un spectre dans la ronde

Lasse qui sans arrêt par la prison du monde

Court, court, avec la faim au ventre pour moteur.

 

Comme un bétail la nuit par les bancs pourchassée,

Où trouver désormais ta main fine et racée,

Ton port, ton front, ta bouche avec son pli hautain?

L'eau brille. Trembles-tu? Pourquoi ce regard vide?

Trop morte pour mourir, reste donc, chair livide,

Tas de loques prostré dans le gris du matin!

 

L'usine ouvre. Iras-tu peiner devant la chaine?

Renonce au geste lent de ta grâce de reine.

Vite. Plus vite. Allons! Vite, plus vite. Au soir

Va-t-en, regards éteints, genoux brisés, soumise,

Sans un mot; sur ta lèvre humble et pâle qu'on lise

L'ordre dur obéi dans l'effort sans espoir.

 

T'en iras-tu, les soirs, aux rumeurs de la ville,

Pour quelques sous laisser souiller ta chair servile,

Ta chair morte, changée en pierre par la faim?

Elle ne frémit pas lorsqu'une main la frôle;

Les reculs, les sursauts sont rayés de ton rôle,

Les larmes sont un luxe où l'on aspire en vain.

 

Mais tu souris. Pour toi les malheurs sont des fables.

Tranquille et loin du sort de tes soeurs misérables,

Tu ne leur fis jamais la faveur d'un regard.

Tu peux, les yeux fermés, prodiguer les aumônes;

Ton sommeil même est pur de ces mornes fantômes

Et tes jours coulent clairs sous l'abri d'un rempart.

 

Des morceaux de papier, plus durs que les murailles,

Te gardent. Qu'on les brûle, et ton coeur, tes entrailles,

Seront frappés de coups dont tout l'être est brisé.

Mais ce papier t'étouffe, il cache ciel et terre,

Il cache les mortels et Dieu. Sors de ta serre,

Il cache les mortels et Dieu. Sors de ta serre,

Nue et tremblante aux vents d'un univers glacé.

 


 

Les Astres (1942)

 

Astres en feu peuplant la nuit les cieux lointains,

Astres muets tournant sans voir toujours glacés,

Vous arrachez hors de nos coeurs les jours d'hier,

Vous nous jetez aux lendemains sans notre aveu,

Et nous pleurons et tous nos cris vers vous sont vains.

Puisqu'il le faut, nous vous suivrons, les bras liés,

Les yeux tournés vers votre éclat pur mais amer.

A votre aspect toute douleur importe peu.

Nous nous taisons, nous chancelons sur nos chemins.

Il est là dans le coeur soudain, leur feu divin. 

 


 

 

Jaffier (1943?)

 

La mort vient me prendre. A présent la honte est passée.

A mes yeux bientôt sans regard que la ville est belle!

Sans retour il faut m'éloigner des lieux des vivants.

On ne voit nulle aube où je vais, et nulle cité. 

 

 

 

 



14/01/2012
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