Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Poétesses d'expression française (du Moyen-Age au XXème siècle)

Willette (Henriette) 1886-1976?

Henriette Willette

ou Tante Gracieuse

(pseudonymes de Jean de Monadey)

Peintre, illustratrice et poètesse

1866-1976?

 

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- Les lys d'eau (1922)

 


 


LE PREMIER MEURTRE Lorsque Caïn, cessant d'étreindre sa victime, Effrayant le soleil d'or par le premier crime, Se fut enfui bien loin, laissant le sang fumer, La montagne parut tout à coup s'alarmer. Lorsque ce sang, versé d'une main criminelle, 
 Sembla vouloir crier vers la voûte éternelle, La montagne trembla jusqu'en son fondement, 
 Et son ombre oscilla, sinistre, au firmament. Et depuis, dans la grotte où la terreur habite, Pleure, sans s'arrêter, la pâle stalactite ; Et sans cesse, sans fin, dans la profonde nuit, Une larme, du mont, se détache sans bruit. Et toujours, depuis lors, pour la première tombe, On voit, dans la caverne, une larme qui tombe, Car la grande nature, en ce mont courroucé, Pleure, éternellement, le premier sang versé. 
 
                                    Publié dans "Les Cahiers Mensuels de Poésie, 1922

 

Le titre du recueil, "Les Lys d'eau",  est emprunté au poème de René Vivien à laquelle elle rend hommage

 

 

Les lys d'eau

 

Parmi les ondoiements et les éclairs douteux

Les langoureux lys d'eau lèvent leur front laiteux.

 

La rivière aux flots lourds berce leur somnolence;

Ce sont d'étranges fleurs de mort et de silence.

 

Leur fraîcheur refroidit les flammes du soleil,

Et leur souffle répand une odeur de sommeil.

 

Renée Vivien

 


 

Poèmes d'Henriette Willette 


Tempête dans la nuit

 

Tout pleure dans la nuit en deuil, tout se lamente.

Les sanglots de la mer à la plainte du vent s'unissent.

On entend la vague agonisante

Gémir et soupirer sur le sable mouvant.

Les spectres monstrueux des chênes gigantesques

Ivres de désespoir tordent leurs bras noueux

Et tremblants, agités de mouvements burlesques,

Avec un bruit mat dans le sol glissant, boueux

S'enfoncent mollement les branches arrachées,

Nul bruit vivant, nul cri, les oiseaux se sont tus;

Les bêtes de la nuit dans leurs nids sont cachées.

 

On n'entend qu'un délire immense, affreux, confus.

La pluie, obliquement, tombe rude et pressée:

Larmes froides du Ciel drapé d'un voile noir;

Dans l'horreur de la nuit, triste, opaque et glacée,

Monotone, elle rythme un poignant désespoir.

Je voudrais sangloter comme la mer mourante!

Me lamenter ainsi que le vent furieux;

Pleurer comme le ciel, trembler comme la plante!

 

Mon chagrin est en moi, lourd et silencieux!

 


 

Souvenirs

 

Doux souvenirs de mes amours, que j'aime autant

Que mes amours! O doux souvenirs, lueurs brêves,

Vous qui êtes plus beaux que tous les plus beaux rêves,

Vous qui vivez toujours en mon coeur consentant;

O pieux souvenirs de mes amours passées,

Fervents et pur, qui ne m'abandonnez jamais,

Plus fidèles, hélas! que celle que j'aimais,

Dont le nom tremble au bord de mes lèvres glacées;

O vous qui demeurez mystérieusement

En mon coeur tandis que tous mes rêves s'écroulent,

Que les heures, hélas! une à une, s'écoulent

Je vous aime, ô mes doux souvenirs, ardemment!

 


La féminine mer

 

Viens sur le sable d'or, viens voir mourir les vagues,

Une à une, exhalant de doux murmures vagues,

Tout emplis d'infini, de langueur et d'extase.

Viens voir mourir la mer que le couchant embrase.

 

La féminine mer, plus femme que la femme,

Sur le sable luisant s'alanguit et se pâme.

Sur le sable d'or roux, chaud comme une topaze,

La lumineuse mer, couleur de chrysoprase,

S'étire et vient mourir avec un faible râle,

Qu'à peine on entend de la haute dune pâle.

 

Sous le doux frôlement, féminine caresse

De la brise, la mer frissonne d'allégresse.

Voluptueusement, de sa voix si touchante,

Profonde, lente, grave et lascive elle chante

Un cantique enivrant, ardent et magnifique,

Où l'on entend parfois, un sanglot sourd, unique.

 

Quels sont ces longs soupirs, équivoque harmonie?

Des râles d'amour ou des râles d'agonie?

Les appels angoissés d'une immense détresse,

Ou les éclats bruyants d'une folle allégresse?

Les cris passionnés d'une amoureuse étreinte,

Ou bien, de la douleur, la déchirante plainte?

 

Mystérieuse mer, mer incompréhensible,

Comme la femme, unique, et changeante, et terrible;

Jamais inassouvie, éternelle amoureuse

De la plage qu'endort ta cadence berceuse;

De la roche vibrant sous ta froide caresse:

Tu la frappes, l'étreins, la mords avec ivresse,

L'enlaces ardemment, puis triomphante et fière,

L'emportes dans ton sein, jalouse de la terre.

O violente mer, lascive et furieuse

En tes transports d'amour, ô mer capricieuse!

Admirable jouet de la lune câline

Dont le pâle regard triste et doux te fascine,

Et t'inonde la nuit de mille pierreries,

De mille flots d'argent, riches joailleries,

Pour ajouter encore à ta beauté divine,

O mer harmonieuse, étrange et féminine!

 


Aphrodité

 

C'est Juin. Le soleil tombe en nappes de feu

Buvant les champs poudreux où chantent les cigales;

Seule, leur voix s'élève en notes inégales.

On dirait que le ciel restera toujours bleu.

 

C'est midi. Et le sang, aux naseaux des cavales,

Vient perler quelquefois; et l'on voit les grands boeufs

Fouler un sol brûlant qui jadis fut herbeux,

Regarder la blancheur de la voûte infernale.

 

Tout flamboie et l'on sent le souffle d'un grand dieu.

Tout meurt sous ce soleil terrible. Pas de rose

Qui, de mourir, sitôt ouverte n'ait fait voeu.

 

Toute seule, là-haut, dans sa vague bien close,

Où tout, dans la fraîcheur sourit, Elle repose,

Noyant sa nudité dans l'or de ses cheveux.

 


L'étang

 

Les nénuphars se sont ouverts sur l'étang calme.

Le saule clair, au vent l'éger berce sa palme

Qui ride l'eau du miroir bleu de l'étang calme.

 

L'étang reluit sous le soleil qiui éblouit.

Il est midi; l'on voit au fond de l'eau, le lit

De l'étang lumineux, métal qui éblouit.

 

Les nénuphars se sont fermés sur l'étang calme.

Au vent du soir frissonne un peu la longue palme

Du saule ombreux qui ride un peu l'étang si calme.

 


L'automne

 

L'automne est beau comme une belle femme rousse

Toutes les feuilles d'or, tels de grands papillons,

Lourdement tombent et volent en tourbillons

Sous le vent qui gémit, qui pleure et se courrouce.

 

L'automne est beau comme une belle femme rousse.

 

L'automne est beau comme un chant d'orgue, un beau cantique.

De chaque arbre vibrant sortent de longs sanglots

Unis à la rumeur lamentable des flots;

Chaque branche frémit d'une terreur panique.

 

L'automne est beau comme un chant d'orgue, un beau cantique.

 

L'automne est triste ainsi qu'une femme très belle

Qui voit diminuer sa beauté chaque jour,

Qui, douloureusement, voit le riant amour

Prendre son arc divin et se détourner d'elle.

 

L'automne est triste ainsi qu'une femme très belle.

 

L'automne est triste ainsi qu'une femme qui pleure,

En longs voiles de deuil, en longs vêtements noirs,

Ses bonheurs disparus, tous ses défunts espoirs,

Ses rêves envolés. Hélas! Rien ne demeure!

 

L'automne est triste ainsi qu'une femme qui pleure!

 


Vers l'île d'or

 

Nous aurons une barque idéale, fleurie

De roses rouges qui saigneront sur la mer

De saphir, exhalant leur âme dans l'éther;

Et la mer brillera comme une pierrerie.

 

Nous irons mollement sur le flot calme et doux;

Notre esquif mené par de fougueux hippocampes;

Les étoiles là-haut, seront nos seules lampes,

Seuls les yeux de la nuit n'ont des regards jaloux.

 

Et nous aborderons à l'île de mystère,

A l'île d'or, où seul, règne en maître l'Amour.

Nous y aborderons sans songer au retour,

Ivres de ses parfums, ses fleurs et sa lumière.

 



24/09/2011
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